JiF
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------NoBody
Je me rappelle de la conclusion d’un bouquin du cosmologue Huber Reeves (*1) sur
l’histoire de l’univers qui, poétiquement, expliquait que l’être humain c’était,
un petit peu, l’Univers qui prend conscience de son existence.
J’ai trouvé cela très joli ; et en même temps je me suis dit que ça devait le
faire flipper l’Univers de contempler sa propre existence, sa conscience, à
travers quelques décimètres cubes de matières grises insérées dans un corps de
mammifère pas plus grand que presque rien.
Cette microscopique conscience a, de plus, la particularité d’être multiple,
(quelques milliards quand même), ce qui fait sans doute de l’Univers le plus
démesuré des schizophrènes.
Là où cela devient intéressant c’est que cette conscience multiple est fortement
périssable.
Le principal problème quand on a conscience de son existence c’est
qu’immanquablement on refuse le coté temporaire de la chose. Ce qui, on peut
facilement le comprendre, favorise la paranoïa et débride l’imagination.
L’Univers, cette conscience hautement schizophrénique, a donc tendance à calmer
les ardeurs indépendantistes de ses multiples moi, c'est-à-dire nous, par une
sorte de fusion des personnalités et des croyances qui pourrait, pourquoi pas,
expliquer l’apparition des religions monothéistes et des sociétés de
consommation globale.
Cette multi conscience qui s’auto-analyse a tendance (par souci d’efficacité
constructive ?) à focaliser son ubiquité sur un concept moins abstrait et
géométriquement fini : le corps humain.
Autant l’hypothèse de n’être rien d’autre qu’un petit morceaux d’une big
possibilité ne flatte pas l’ego, autant l’idée d’être le maître suprême de son
propre univers parfaitement délimité, réconforte.
L’exposition NoBody propose de mettre en avant le corps humain comme une
matérialisation subjective de notre conscience individuelle.
La perception de chacun est unique en fonction de sa culture, de son expérience,
de la gestion de sa conscience et d’obscures liaisons électrochimiques.
Chaque NoBody n’existe que si des identités veulent bien se l’approprier,
l’incorporer, lui donner vie.
Chacun est libre d’y voir ce qu’il veut, ce qu’il peut, d’y entrapercevoir sa
propre subjectivité.
Cela ne nous empêche nullement de la partager et d’explorer d’autre univers…
Hein ? Quoi ? Quelqu’un a parlé…
JiF (enfin il me semble)
(*1)Patience dans l'azur
L'évolution cosmique
Le Seuil, collection « Science ouverte », Paris, 1981.
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