Laurent Benaim

Fonction :
Site(s) : www.laurentbenaim.com
Nom ou pseudo : Laurent Benaim
Signification et/ou origine du pseudo :
Date de naissance : 24 aout 65
Localisation : Montreuil 93
Signes particuliers : de moins en moins de cheveux
Matos utilisé : du 135 a la chambre 4x5 inch
Présentation personnelle :

A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente: tu penseras à prendre le pain ?
Une chose insupportable : avoir terriblement envi de pisser
Une œuvre : l'origine du monde de Courbet
Un personnage de fiction :
dieu
Un mythe :
la démocratie
Un proverbe :
il vaut mieux 1 que 2 tu l'auras
Une phobie : agoraphobie
Un vice : la vertu
Un objet inutile : une carte d’ électeur
Une idée récurrente : il faudrait  absolument que j aille chercher  ma carte d’électeur
Un cauchemar :être obligé de participer au juste prix
Un moyen de transport : la pensée
Un bruit corporel: oooh c pas polis
Un prix Nobel de la paix :
à toutes celles qui vendent leurs charmes
Un film porno : jeanne d arc  
Un tyran :
n' importe quel homme un peu ambitieux
Un repas de famille : " non je te promet maman je ne pourrai pas être là pour noël  j ai trop de travail .”
Une habitude:
Une polémique ridicule :
Un investissement : passer au numérique (quelle tristesse )
Une œuvre caritative : la maison des artistes
Un mensonge :”je te jure que je n ai jamais revu cette fille”
Un souvenir :.
Un site Internet : http://www.voyages-sncf.com/

Les questions personnalisées :
1) Qu'est ce qui t'as emmené à faire des images?
J'ai toujours été hypnotisé par les corps, le sexe, le désir, ce moment incroyablement intense qui est l’orgasme. Les fantasmes les plus divers ; je choisi le medium photographique pour les représenter

2) La représentation de la sexualité, quoi qu'on en dise est un sujet épineux à aborder. Il semblerait que tu sois de ceux qui assument ces travaux. Quelles sont les réactions généralement de ta famille, de tes proches? Est ce que tu connais des critiques virulentes?
En ce qui concerne le cercle familial il  y ni a ni  encouragement  ni réprobation (ignorance de ma réelle activité  sujet vaguement  tabou ) leur fils est pornographe ils se sont résignés. .Les expos c’est autre chose. Lorsque l’on montre des images il y a souvent des réactions mais il est rare qu’elles soient ouvertement hostiles. Les personnes n’aimant pas mon travail quittent la galerie tout  simplement. A quelques exceptions près... Il m’est déjà arrivé ( 2 ou 3 fois ) de me  faire carrément agonir d' insultes. Dans un tel cas, je donne raison et souri à mon “agresseur “ qui me traite de malade mental et de porc lubrique. Globalement ça n’ influence pas  mon travail.

3) As tu déjà essayé d'autres genres? D'autres thématiques? Depuis combien de temps travailles tu des images?
J'ai suivi deux années de formation dans une école de photo en 82-83. J'étais un médiocre assistant, les prises de vue duraient des heures pour un résultat qui m'échappait. Puis j'ai un peu touché à tout : reportage, pub, studio, archi... tout...  en poursuivant toujours, à côté, mon travail de  photo perso : surtout des nus et quelques portraits "ethno", en m'inspirant, de la collection  Albert Kahn. Mais depuis une dizaine d'années, je me consacre quasi exclusivement à mon boulot "d'auteur pornographe". Au début (vers 90) je faisais subir les pires tortures à mes négatifs de nus ou d’ethno : je les grattais avec des lames de rasoirs, je les trempais dans toutes sortes de produits chimiques (à peu près tout ce que j'avais comme produits d'entretien ménagers; je les enterrais dans des pots de fleur ou je les laissais plusieurs semaines dans de l'eau saturée en sel puis congelée, et bien d'autres choses inavouables. Enfin tout ce qui pouvait dégrader la réalité de l'image. C'est en 95 que j'ai commencé les tirages à la gomme arabique. Ca m'a tout de suite passionné. Pour moi c'est le meilleurs moyen de recréer des univers et des atmosphères inhabituelles autour de la photo pornographique, qui est souvent plutôt "directe", voire froide. C'est cet effet que je recherchais lorsque je "torturais" mes négatifs, et c'est cet effet de la gomme sur le porno qui m'intéresse.

4) Quels sont les créateurs qui t'ont marqués, et qui t'intéressent?
 Quand j'étais gosse a la maison, il y avait tout un tas d'encyclopédies sur l' art. Donc, première vision érotique avec des Botticelli, Fragonard, Ingres et tutti quanti...

Ado, j'avais une vraie passion pour Manet, et surtout Toulouse Lautrec et les impressionnistes en général. Plus tard, ça a été les Cessessionistes viennois.

Le porno, prendre un détail intéressant dans un film absolument pornographique. Les
phases de copulation sont souvent d'une banalité affligeante, mais les changements de position sont propices à une gestuelle naturelle et parfois inventive et gracieuse.

5) Dans tes travaux, on peut voir tout un tas de modèles très différents. Comment procèdes tu pour les trouver?
Evidemment c'est plus facile de recruter mes modèles dans le milieu libertin qu'à la sortie de la messe (quoi que je n'aie jamais essayé) . Après une série d'images classiques de nus féminins, j'ai eu envie de montrer autre chose, de m'orienter vers les gens, leurs envies, leur plaisir, leurs fantasmes. Des couples sont venus à moi après avoir vu mon travail, puis d'autres, puis des tas de gens. Ca fonctionne par le bouche à oreille, souvent dans le milieu libertin (mais pas toujours). Mes images naissent, à chaque fois, de ma rencontre avec chaque personne, chaque couple. Chaque personne m'apporte sa vision de la sexualité, ses désirs, ses pratiques... On parle beaucoup avant chaque prise de vue. Toutes les sexualités sont belles et c'est ça  qui m'inspire. Mes sujets ne sont donc pas vraiment des "modèles". Je les oriente, mais je ne dicte pas les pauses ou le contexte. Ca dépend d'eux à chaque fois. Je ne cherche pas non plus à respecter l'esthétique standard des corps. Je veux tout montrer, parce que tout est beau, et je montre surtout ce que les gens ont envie de me montrer.

6) Dans tes travaux on peut en effet découvrir une palette assez surprenante : des jeux sexuels considérés comme « extrêmes » dans notre société, comme le fist vaginal ou anal dans toutes ses déclinaisons (pied, main…) réalisés par des couples hétéros, homosexuels (…): exemple , exemple, exemple , exemple. On retrouve aussi certaines pratiques liées au fétichisme, sado masochisme, exemple , exemple. Tu évoques aussi via tes images l’homosexualité, exemple , les transsexuels exemple , les partouzes ... mais et c’est ce que j’apprécie dans ton travail, tu sais aussi mettre en scène des choses beaucoup plus « académiques ». Toutes tes images sont traitées de façon similaire, tu mets en valeur chacune de ses pratiques, c’est rare, en général la plus part des photographes travaillant la pornographie ne montrent généralement qu’un seul type de sexualité, il y a les pro –uro, les pro-fetich (…). Via ta démarche, tu présumes qu’il n’y a aucune valeur de jugement sur telle ou telle pratique (je me trompe ?). Finalement qu’elles sont tes limites ? Y a-t-il des pratiques sexuelles que tu n’as pas pu ou voulu aborder?
Pour moi un "fist" n'est pas en soi une pratique extrême. Si je mets une échelle entre les pratiques ce serait plutôt dans le domaine du plaisir ou de l'absence du plaisir. L'uro peut être pratiquée avec une infinie tendresse, ou humour, ou avec délectation. Si j'ai une limite, c'est celle de ne pas travailler avec des gens qui ne fonctionnent pas sur le mode du plaisir mais de la contrainte ou l'absence de joie, de jeu, de complicité... Je ne travaille pas avec des professionnels et je ne paie jamais mes modèles. Un orgasme simulé, rémunéré, des pratiques contraintes, ne m'intéressent pas.

7) Quel regard portes tu sur les films X classique (j'entends genre américain commerciaux et/ou français), ainsi que la pornographie d'amateur (la plus part du temps facilement trouvable via internet). Y a-til des "amateurs" dont tu apprécies le travail? . D'ailleurs ce "sujet" va souvent de pair avec la protection des mineurs, quelle est ta position vis à vis de ça?
Pour moi, un film pornographique est un produit de consommation. Il a un but précis et il est conçu pour être efficace. Son rôle est de provoquer une excitation pour faciliter une masturbation en vue d'une jouissance. Suivant les goûts on se tourne plus vers une production "californienne" complètement aseptisée, type fille parfaite, homme à l'érection sans faille, copulation robotisée hyper-esthétique et sans une goutte de sueur. Ces productions sont avant tout un moyen de faire le plus d'argent possible et de rationaliser une "création". C'est là que le bas blesse: pour plaire au maximum de gens il faut créer un produit marketing le plus neutre possible ; donc insipide. A l'opposé de ces productions bien cadrées on trouve le film amateur mal filmé, dans lequel les hommes ont des érections laborieuses, les filles ne sont pas faites au moule ; mais c'est vivant et ça reste humain. Dans les deux cas le but est le même : excitation, masturbation.

Globalement ces deux genres sont intéressants, car pour moi déclencher une excitation est intéressant. Si je devais revendiquer un quelconque acte artistique, ce serait celui-là: si mes images provoquent l'excitation du spectateur, pour moi c'est gagné. Si une femme ou un homme me disait qu'il ou elle s'est masturbé(e ) en voyant un de mes tableaux, rien ne pourrait me faire plus plaisir. Et sans aller si loin, je suis déjà satisfait si je déclenche des désirs, des envies. Donc ma finalité est la même que celle des films pornos. Mais j'utilise des moyens différents, une imagerie et des corps plus variés surtout, puisque ce qui m'intéresse c'est la diversité des désirs et des pratiques.

En ce qui concerne les mineurs : A mon époque, dans ma "jeunesse", l'émission de télé  "Benny Hill" était le summum de l'érotisme qui m'était accessible. Aujourd'hui, un gosse qui a accès au net a immédiatement à sa portée une quantité d'images pornos hallucinantes... Je pense que les logiciels de protection parentale sont là surtout pour donner bonne conscience aux adultes.

Mais à partir de là, personne ne saurait dire en quoi cela va changer la vie d'un ado ou le traumatiser de voir des images pornos ; pas plus que quelle conséquence cela va avoir dans sa vie d'adulte. Car cela finalement cela dépend surtout du contexte familial. Car pour moi, on n'a pas affaire à des "mineurs" ou à des "majeurs", mais à des personnes. Bien sûr il faut un cadre légal. Mais en fait la date de 18 ans est arbitraire. Il y a des ados de 16 que rien ne fera frémir, et par ailleurs des adultes bien plus âgés qui peuvent être mal à l'aise face à certaines images. Tout est du cas par cas. Je respecte la nécessité de protéger les mineurs, mais je ne crois pas que diaboliser la pornographie pourra régler quoi que ce soit.

8) Y a t-il une question tu aimerais que je te pose? Et si oui que répondrais tu ?
La question pourrait être: comment positionner le porn-art dans la globalité des tendances artistiques?
L'art vulgaire ou obscène avant que on parle du porn-art n'a jamais étais identifié comme un réel mouvement artistique  même si certaine illustrations ont étés réalisé par des grands maîtres  ça a été toujours en parallèle de leur production "normal" .
Actuellement de " réel artiste" peintre sculpteur performeur vidéaste utilise une imagerie sexuelle dans leur démarches . Je me souviens lors d une "documenta a Kassel " un plasticien avait réaliser une immense partouse homo grandeur nature avec des mannequin de cellulose . néant moins je ne pense pas que ces artiste s apparente au porn art . Le porn art reste en marge des galeries traditionnel des drac et institution ; ce n ai pas plus mal .je pence qu il y a tout a inventer dans ce secteur pour la diffusion de ce genre d oeuvre  .

9) Quand on dit 'porn art', je ne peux m'empêcher de penser au livre de Dahmane qui s'intitule "Porn art" justement.
Il existe quelques créateurs francophones qui travaillent ce genre. Tu les connais, as tu des échanges avec eux? est ce c'est important pour toi de pouvoir échanger avec d'autres artistes sur ce que tu crées?
On se connaît à peu près tous par site et parfois échange de mail et lien. Mais les rencontres en personne sont plus rares et assez succinctes. Ce serait bien que tout ce petit monde ce retrouve sur un événement spécifique au porn-art (photographes et illustrateurs) dans le cadre d'un salon ou d'une expo par exemple. Mais pour que cela fonctionne il faudrait un organisateur de talent et ce n'est pas mon cas.

10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine (de préférence francophones)? Et ton mot de la fin ?
J'aime beaucoup le travail de Camille http://cammm00.free.fr/blog/ C'est un travail inventif plein de fraîcheur et d'humour. Le mot de la fin :  aimez-vous les uns les autres. °))