Princesse Javel
interview réalisée 25/06/07

Fonction : bidouilleuse photographie-écriture
Site(s) : http//princessejavel.free.fr
Nom ou pseudo : princesse javel
Signification et/ou origine du pseudo : vous feriez confiance à une photographe qui se fait appeler princesse javel vous? plus sérieusement, j'ai choisi ce pseudo par dérision et parce qu'il correspondait bien à la partie aseptisée et froufroutante de mon pays imaginaire.
Date de naissance : le 1er mars d'une certaine année
Localisation : paris
Signes particuliers : un raton laveur dans le placard
Matos utilisé : mon cerveau, mes yeux et mes mains.
Présentation personnelle :  bonsoir, je suis Javel, adoptez-moi.

A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : à quoi bon?
Une chose insupportable : le lunatisme
Une œuvre : toutes les pièces de Kane
Un personnage de fiction : une super-héroïne du genre Catwoman
Un mythe : Marilyn Monroe
Un proverbe : je ne serai pas un proverbe
Une phobie : l'abandon
Un vice : sexuel, où serait l'intérêt sinon
Un objet inutile : un corset
Une idée récurrente : maigrir
Un cauchemar : l'échec
Un moyen de transport : une voiture américaine noire pleine de cuir noir aussi
Un bruit corporel : le claquement des ongles sur une table. j'hésite aussi fortement avec le claquement des talons hauts sur le sol
Un prix Nobel de la paix : à inventer
Un film porno : Ecstasy in Berlin 1926, une petite merveille fetish par Maria Beatty, une maîtresse du genre
Un tyran : J_
Un repas de famille : plein de silences lourds de sens
Une habitude : dessiner dans les marges des cahiers
Une polémique ridicule : je ne serai pas une polémique ridicule. non mais
Un investissement : l'extrême don de soi-même
Une œuvre caritative : peta et associés
Un mensonge : l'apparente normalité
Un souvenir : mouillé
Un site Internet : http://yobaparis.com

Les questions personnalisées :
Je commence avec 3 questions que ce très cher Quentin Lënw a voulu poser...(retrouvez son interview)
1) Comment le plus souvent te viennent tes idées, entre le moment où tu les a & le moment de la réalisation? Comment évoluent elles, avec les contraintes de la réalisation?
Oh que c’est vaste comme question. A charge de revanche mon petit Lënw ! Mes idées me viennent de partout :  littérature, peinture, sculpture, stylisme, musique, cinéma, expériences personnelles, obsessions. J’essaie ensuite de les réaliser au plus vite, pour laisser une place à l’improvisation. J’ai souvent quelques idées de mise en scène, de cadrages mais j’aime aussi la spontanéité du moment. Il y a aussi le travail avec le modèle, l’alchimie qui peut parfois donner des photos étonnantes. J’aime vraiment créer une ambiance, bidouiller les costumes, mettre au point le maquillage et la coiffure, diriger le modèle. Mais j’apprécie tout autant une séance improvisée, simple, sans grands préparatifs. C’est souvent le cas quand je réalise des autoportraits. Je ne planifie rien, je ressens juste un besoin urgent.
Etant donné que je débute, j’ai encore beaucoup à apprendre, surtout techniquement parlant et je m’en rends compte tous les jours. Pourtant c’est loin de me démotiver au contraire. Lors de mes premiers pas photographiques, je me la jouais vintage-je-ne-retouche-pas-mes-photos-alors-que-j’ai-un-2 millions de pixels-tout-pourri et je partais en croisade contre photoshop en braillant que c’était de la triche. Avec le recul, je me rends compte que ce puritanisme était surtout liée à la peur bleue que j’avais de photoshop et de la technique. Et depuis, je m’éclate dans l’étape post-prod que je vivais avant comme une véritable torture.
J’espère également pouvoir acquérir un matériel plus perfectionné, pouvoir utiliser des lieux originaux, collaborer avec des stylistes, des maquilleurs et d’autres photographes. Il arrive parfois de me sentir frustrée à la fin d’une séance car je sens que je n’ai pas réussi à obtenir ce que je voulais. Dans ce cas, je laisse reposer et j’y reviens quelques mois après, en évitant de reproduire les mêmes erreurs. (qu’est ce que je peu être bavarde..)

2) Pourquoi t'es tu coupé les cheveux alors que tu devais les laisser pousser pour mes photos! :p
Oh encore ce sujet épineux… J’ai comme règle d’or de ne jamais habituer les gens à une même coupe et couleur de cheveux. J’expérimente. Mais si ça te perturbe autant on pourra m’acheter une perruque !

Ce qui est étonnant c’est que depuis que le ciseau et l’eau oxygénée sont passées par là, je reçois des commentaires très amusants « finalement tu n’es pas si gothique que ça » ou « je pensais que tu étais du genre Emily Strange ». Finalement, la plupart des gens pensent que je suis déprimée, sombre, triste et éthérée et ils sont bien souvent surpris quand ils me rencontrent. Mais cette étiquette ne me dérange pas vraiment, elle correspond au passé mais à un passé pas si lointain dans le fond.

3) Pourquoi de l'aseptisation imagée dans tes photos personnelles? Dans le futur comptes tu dévellopper ce côté?
Grande histoire que l’aseptisé. Comme souvent, la pudeur m’interdit de trop en dire mais c’est vrai que c’est l’une de mes obsessions photographiques. Obsession que l’on retrouve dans Javel d’ailleurs. Je ne sais pas si je compte développer plus particulièrement ce côté là. Comme bien souvent, il y a des jours avec et des jours sans. Ca vient, ça passe et un beau jour, je me retrouve à deux heures du matin avec le besoin impérieux de m’enfermer dans ma salle de bains avec la lumière crue, les murs blancs et des substances visqueuses.

Tant que j’aurais cette satanée idée fixe, je continuerai de produire des photographies de baveuses, d’ambiance froide et compagnie. On pourrait presque voir ça comme une sorte de catharsis, d’expiation. Et puis si un jour je ne ressens plus l’envie de cracher dans ma baignoire et bien j’arrêterai tout simplement.

4) Une photo réussie pour toi, c'est quoi ?
Tu commences fort ma jolie. Une photo réussie, une photo réussie… Etrangement je ne m’étais jamais posée la question. En passant en revue les photos qui ont accroché et qui accrochent encore mon œil, la réponse m’est venue très simplement. Pour moi une photo réussie est une photo sur laquelle je m’arrête longtemps, une photo que j’inspire et qui m’expire, une photo qui devient une ritournelle obsédante, qui m’accompagne et qui devient également une source d’inspiration.

6) Du coup, j'aimerais savoir quelles sont les dernières photos que tu as découvert, sur lesquelles tu as passé beaucoup de temps?
En ce moment, je n'ai pas vraiment le temps de flâner sur internet à la découverte de nouveaux artistes ou de photos que je ne connais pas. La seule photo sur laquelle j'ai passé du temps dernièrement est cette photo:


Copyright © Katerina Belkina

7) Sur ton site, tu parles de performances : "Siameses" with Amasaturna ; et ."Les corps non désirés", est ce que tu pourrais nous en causer deux mots? Nous les présenter?
Je suis ravie que tu abordes la question car la partie performance est peut-être la partie la plus délicate de mon travail. Jusqu’à cette année, j’ignorais tout de la performance en tant que pratique artistique, plastique, codifiée, visant à servir un discours. Mais cette année, j’ai eu la chance de rencontrer des gens, principalement des professeurs, qui au vue de mon travail photographique m’ont vivement encouragée à tenter l’expérience performance.

Ma première action, Siameses avec Amandine –alias Amasaturna- nous a permis de nous mettre à nu et d’explorer un nouvel univers, inconnu et effrayant. Rétrospectivement, je dois avouer que ce premier essai a été assez maladroit et pas vraiment abouti mais il m’a beaucoup appris : une performance est très différente du théâtre. Elle se construit dans le temps réel, dans le lieu réel et ne met pas en scène. Le performer ne joue jamais. Une fois ces règles élémentaires assimilées, je me suis lancée dans une seconde action, plus délicate cette fois. il s’agissait pour moi de parler de ce qui me touche profondément, de mon rapport au corps, au corps féminin, des questions qui me soulèvent et des peurs d’une jeune fille de 20 ans face à la grossesse, à la maternité, à la sexualité. Face à son ventre. « Les corps désirés » a nécessité trois semaines de préparation. Il me fallait un lieu neutre, vide, à l’éclairage dur. Il me fallait également mettre en place un storyboard précis. Je ne voulais rien laisser au hasard, à l’improvisation. Les éléments de l’action se devaient de former un tout cohérent : la tenue que j’allais porter, le texte que j’allais écrire, la disposition du public, le cadrage des photos qui seraient prises… Pour la première fois, j’allais également utiliser la blessure comme moyen d’expression et j’avais beau assumer ce choix, j’avais quand même peur des retombées, du regard familial, de la réaction de mes amis.

Beaucoup de gens m’ont demandé par la suite si j’avais fait cette performance uniquement dans le but de choquer, si je n’avais pas un grain pour faire des choses pareilles, pour toucher à mon intégrité physique, si ça me plaisait de me découper en rondelles.

J’aurais pu faire sans la blessure. Mais le discours aurait été faussé. Je ne connais pas de demi-mesures et la blessure, dans ce cas, était pertinente. Je parle de la chair, de la vie, du corps, du sang. Je ne pouvais pas faire une performance légère, éthérée. Je trouve cela dommage que les gens s’arrêtent à la vue d’une goutte de sang et ne retiennent rien de plus.

Pourtant, étrangement, je n’ai eu aucun commentaire négatif de la part du public. Le sang les a même surpris car ils pensaient que je me caressais simplement le ventre. Ils n’ont pas remarqué la lame de rasoir et c’est seulement à la fin qu’ils se sont rendus compte de ce qui venaient de se passer. Le geste était doux mais fort, faisait sens et image. Le ventre que l’on caresse, que l’on blesse, qui saigne. On peut secouer les esprits, les réveiller en étant tendre et cruel à la fois. Ce contraste marque davantage qu’une brutalisation sanguinolante qui ne fait qu’effrayer et rebuter et je l’applique également dans mes photographies. Chaque performance est une catharsis, un espace expiatoire. Et je pense que, si j’avais vraiment un grain, je ne pourrais pas en parler comme je le fais ou les mettre en place si méthodiquement. Je parle de choses qui me touchent profondément, de rapports conflictuels mais j’arrive à avoir assez de distance pour ne pas me laisser rogner jusqu’à la moelle. Et je crois que c’est cette lucidité qui a rassurée ma famille et mes amis.

La performance fait désormais parti de mon travail et me permet de mêler écriture, travail scénique et expression corporelle. Je réaliserai bientôt deux nouvelles performances dont une en compagnie d’Amandine. Sans sang cette fois ci :) 

8) En lisant tes mots, me vient cette question à l’esprit…Comment expliquerais tu, éclairerais tu ton travail à de jeunes ou moins jeunes enfants ?  
Les images, les photographies, parce qu'elles ne théorisent pas sont absolument libres d’interprétation. Elles ne sont pas limitées à ma personnalité ou à ma condition (jeune fille, étudiante ou que sais-je). Les images vivent par elles-mêmes. Alors l’enfant peut les voir, les interpréter selon son degré de sensibilité, ses expériences personnelles.

Leur expliquer mes images… Je leur dirai simplement de se concentrer sur l’image, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils éprouvent, comment ils la perçoivent. Sans oublier que le message que leur délivre la photographie est un message juste pour eux. Unique, personnel.

Les jeunes adultes ont cette vision romantique de l’enfance, douceur, calme, innocence. Ils ont oublié les bagarres, les « tu n’es plus ma copine », on regarde sous les jupes, on tape, on crie.

Mes images les plus tumultueuses sont de petits exutoires doux-amers, de petits monde édulcorément cruels. La plupart d’entre elles renvoient pour beaucoup à la violence de l’enfance, aux séquelles, aux plaies pas encore cicatrisées.

9) Il semblerait à te lire, que tu sois devenu vraissemblablement une pile d'hypersensibilité, ... J'aurais encore des tas de questions à te poser mais voilà que l'interview se termine, alors ... Je vais te laisser évoquer ce dont tu as envie, ce qui te tiens à coeur, qu'est ce qui est important à tes yeux, ...
Merci beaucoup. Ce qui est important, ce qui me tient à cœur. Je me rends compte tous les jours que j’ai encore d’immenses progrès à faire, qu’il me faut travailler, travailler, expérimenter, approfondir. J’ai l’impression d’avoir énormément de choses à dire, à montrer mais de ne pas avoir encore tous les outils ou la maturité nécessaires. Je vais me retirer dans mon cabinet des horreurs et j’en ressortirai à l’hiver prochain, ours solitaire que je suis.

10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin ?
J’aimerais beaucoup savoir ce que Dita (http://french-dita.deviantart.com/) et Rusty (http://www.lostfish.fr/) ont à dire.
Et je te remercie infiniment d’avoir pris sur ton temps pour interviewer une bidouilleuse. :)