Fonction : Réalisateur Site(s) : http://www.myspace.com/jimbens ou http://www.myspace.com/jmbensoussan ou http://revoltakilometrezero.com Nom ou pseudo : Jim Benz Signification et/ou origine du pseudo : Mon nom et mon prénom sont tellement nuls qu'il a bien fallut trouver quelque chose - Jim c'est pour "Gentleman Jim" avec Peter O'tool / Benz c'est parce que j'aime bien les vielles merco. Date de naissance : 16/05/1968 Localisation : paris Signes particuliers : Aime les déserts Matos utilisé : mon cerveau Présentation personnelle : Un petit garçon qui refuse de grandir
A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais … Une question pertinente : pourquoi. Une chose insupportable : le froid Une oeuvre : Robinson crusoe Un film : Apocalypse Now Un morceau de musique : "ain't no mountains hide enough" Une surprise : la mort Un personnage de fiction : Laurence d'Arabie Un mythe : Ulysse Un proverbe : l'homme pressé est déjà mort (proverbe touareg) Une phobie : l'enfermement Un vice : l'addiction Un objet inutile : Une idée récurrente : chevaucher vers l'horizon Une arme : La parole Un cauchemar : enfermé dans mon cercueil. Un moyen de transport : une moto Un bruit corporel : le son d'un orgasme Un prix Nobel de la paix : Muhammad Yunus Un film porno : "Fais-moi jouir encore" Un tyran : Alexandre le grand Un repas de famille : là je cale. j'aime pas les repas de famille. Une habitude : Partir. Une polémique ridicule : Monica lewinsky Un investissement : l'avenir Une oeuvre caritative : Films sans frontières (à créer) Un mensonge : le 11 septembre Un souvenir : mon grand père qui me jette au fond de la piscine et qui vient ensuite me chercher pour mon plus grand plaisir. Un site Internet : fuir.com (en construction)
Les questions personnalisées :
1) Revolta Kilomètre Zero, un film autoproduit, que tu as présenté au festival du film grolandais, mais aussi à un petit festival parallèle pendant Cannes... Tu me disais que vous veniez d'être sélectionné au festival nouvelles générations de Lyon, ... Est ce que tu pourrais présenter plus précisément ce projet ?
Genèse de Révolta
Après deux ans de boulot acharné à réaliser « Les carnets de Monsieur Manatane » avec Benoît Poelvoorde, j’ai eu envie de passer à autre chose, de réaliser d’autres rêves. J’avais fait des clips, de la pub, des émissions télé. J’avais l’impression d’être arrivé à la fin d ’une aventure. Je me suis dis : "Jim, t’as réalisé un de tes rêves : gagner ta vie en faisant des images, travailler avec des gens que tu respecte… Tu vas pas continuer à frimer avec ton badge Canal et ton petit Cv de merde… A quoi tu rêvais vraiment quand t’étais petit ? »
Et ben, je rêvais de voler une mobylette et de partir tout droit vers le grand sud sans m’arrêter. Je rêvais de chevaucher vers l’horizon comme « Les cavaliers » de Kessel. J’avais envie d’être Yves Montand dans le « Salaire de la peur ». J’avais envie d’avoir comme amis Lino Ventura ou Bernard Blier dans « 100.000 dollars au soleil ». J’avais aussi envie de partir vers mes origines. En arabe, mon nom signifie « le fils du sud » (c’est en tout cas une des traductions). Alors j’ai tout plaqué et j’ai acheté une vielle 504, une petite caméra Hi8 et je suis parti vers mon point cardinal.
Très vite j’ai eu envie de filmer mon voyage (je ne sais faire que ça…). J’ai commencé par retirer mon siège passager pour y placer le trépied de ma caméra. Je pouvais ainsi faire des travellings tout en conduisant. Et puis un jour, j’ai traversé la Méditerranée et le monde a changé...
J’ai commencé à prendre des auto-stoppeurs : des paysans qui allaient en ville, des vieux qui allaient visiter leurs familles, des enfants qui allaient à l’école…. J’ai vite compris qu’il me suffisait de tourner ma caméra pour saisir ces petites tranches de vies qui font tout le sel des grands voyages. Et voilà comment j'ai inventé mon nouveau « job ». Car j’ai très vite pris ça comme un travail. J’étudiais mes itinéraires pour optimiser mes rencontres, privilégiant les petites routes secondaires, notant les noms des villages histoire de ne pas charger d’auto-stoppeurs « longue distance » comme on dit dans le jargon. J’élaborais un petit cérémonial récurant : Cigarette ? Musique ? ... et paf !...je leur balançais un de mes morceaux préféré des Chemical brothers par exemple, histoire de voir leurs réactions tout en abrégeant les conversations touristiques. Le marché entre eux et moi c'était : un trajet gratos contre leur image. Personne ne refusait. Ils partageaient mon monde et moi le leur.
Cette année là, j’ai finis par traverser le Sahara : Une expérience unique, l’aboutissement de mon rêve. C’est malheureusement inracontable. Le désert ne parle pas et refuse d’être filmé.
Arrivé au Sénégal, j’ai du mettre fin à mon périple (J’étais trop malade. Je souffrais de déshydratation. J’ai vraiment pas eu le choix…c’est ça aussi le désert.)
Ensuite j’ai refait l’expérience de ces «Taxis-Movies» à Cuba, en Egypte, en Inde... Mais j’étais insatisfait. J’avais envie de réunir cette passion naissante pour le documentaire et celle plus ancienne pour le cinéma. Voilà comment j’ai pensé à m’inspirer de ma propre histoire pour écrire mon premier long.
Il a deux ans, avec Pascal Mougeot, nous avons donc commencé l’écriture d’un scénario de road-movie. Un mois après, impatient, je me suis dis qu’il fallait partir le tourner même si nous n’avions que les grandes lignes de l’histoire. J’ai racheté une autre 504, break cette fois-ci, et nous sommes partit avec quelques copains du Groland (Pascal, Frank Bellocq, l’acteur principal, Arno Freitag et Thierry Irissou). Sur la route, des amis comédiens nous ont rejoint (Jean-louis Barcelona, Amir Shadtzi, Zimsky, Jawad Enejjaz…).
Nous avons parcourus 7000 km de Paris jusqu'au sud de Maroc. Nous en avons ramené 200 heures de rushes. Avec l’aide de Charly Labriet, un copain monteur, j’ai mis un an à assembler tout ça pour en faire un vrai film. Je n’avais pas vraiment l’intention de le montrer mais Benoît Delepine m’a poussé à le présenter à son Festival du film Grolandais. Depuis nous avons participé à quelques petits festivals.
"Révolta-kilomètre zéro", c’est l’histoire d’un homme qui part en voiture vers la Révolta, un petit pays utopique fondé pour servir d’état refuge aux révolutionnaires du monde entier; un pays que le père de frank, notre héros, a contribué à fonder. Depuis sa création la Révolta est en perpétuelle guerre civile. On y fait trois coups d'état par mois. Le pays est totalement ingouvernable. Essayer d'y pénétrer peut se révéler particulièrement dangereux.
Au début du film Frank se réveille, seul, au milieu du désert, dans une voiture accidentée. A l’intérieur de la vielle 504 break, il trouve une petite caméra et une valise remplie de cassettes. A la recherche de son passé, il enclenche la première, étiquetée "Km0" et revoit le voyage qui l’a conduit jusqu’à la périlleuse frontière Révoltaise…
Voilà, Miss, c’est un peu long, un peu narcissique aussi, mais ça m’a permis de faire le point sur une période de ma vie. Je n’ai donc pas vraiment perdu mon temps...
2)Et bien quelle aventure! Plus qu'un film, cela doit être une expérience humainement très enrichissante... Mais, dis moi... de tous ces pays que tu as parcourus, de tous ces peuples que tu as rencontré, y en at-il un qui t'a inspiré ce pays Révolta? D'où te vient cette idée de pays refuge? Les pays récemment fondés comme le Libéria ou Israël m'intéresse beaucoup parce qu'ils sont issus d'une idée abstraite. C'est ce concept que j'ai développé dans mon film. La révolta c'est avant tout un concept, une volonté, une inaccessible vérité.
Je suis également fasciné par les révolutionnaires. Ché Guevara, Lumumba, Thomas Sankara, Simon Bolivar, le sous commandant Marcos... J'aime la noblesse de leurs actions, de leurs discours, de leur lutte, de leur volonté de se battre pour des idées.
Alors que partout les révolutionnaires sont sommairement exécutés, il me semble indispensable de créer un pays dans lequel ils puissent vivre en sécurité, s'épanouir et développer leurs idées.
Pour créer la Révolta, je me suis également inspiré de la philosophie du "refus global" de Paul-Émile Borduas. Ce philosophe méconnu des années 50, prône "une révolution totale", une révolution de la pensée elle-même. Il refuse en bloc toutes les contraintes apportées par la société et affirme la suprématie de la créativité artistique, de l'instinct.
D'autre part, j'ai moi même été "révolutionné intérieurement" par l'Afrique noire. Pendant une dizaine d'années, j'ai voyagé dès que je le pouvais en Afrique de l'ouest. Je me suis rapidement aperçut que dans ces pays il ne servait à rien de parcourir de grandes distances. Il faut se mettre au rythme africain, partager la vie quotidienne des gens, connaître leur famille, leurs amis pour véritablement s'intégrer dans une communauté. Je suis tombé amoureux d'un petit village au sud du Sénégal, en Casamance. Cette province excentrée est politiquement instable. La guérilla indépendantiste a fait fuir les touristes et le gouvernement de Dakar affiche un mépris évident pour les ethnies qui la peuple. En quelques années, les villageois sont devenus des amis proches. Je connais les notables, les jeunes, leurs parents et même leurs grands parents. J'ai beaucoup appris d'eux.
Pendant les 20 derniers siècles, ces gens ont travaillé sur "les relations humaines" pendant que nous inventions le "compact disque". Tout ça m'a toujours fait penser à la seconde fondation d'Isaac Azimov : Alors que l'empire intergalactique s'éteint, un scientifique décide de créer une "planète fondation" pour conserver le savoir de l'humanité. A l'autre bout de la galaxie il crée une seconde fondation mais aux hommes qui vont la peupler, il interdit tout accumulation du savoir. L'Afrique, pour moi, c'est cette seconde fondation. Certes, il s'agit souvent de société à "croissance zéro" comme le disait Levy strauss mais pour moi ces gens détiennent d'autres vérités bien plus importantes. Ils se servent du langage comme d'un moyen de rapprochement, pas de confrontation. A l'heure d'internet nous communiquons beaucoup mais en fin de compte que disons nous ? En tirant nous une joie quotidienne ? Eux oui. C'est ça, pour moi la véritable révolution, une remise en question de la communication elle-même.
3 ) Finalement, qu'est ce tu aimerais que l'on retienne de ce film? Question visionnage, sera-t-il disponible quelque part?
A chaque fois que l'on parle des pays en voie de développement c'est pour pointer les problèmes et apitoyer le spectateur. J'ai voulu montrer une autre réalité, donner une image plus positive, plus poétique de l'Afrique sans pour autant en nier les difficultés et les souffrances. J'aimerais que les gens retiennent les visages de nos auto-stoppeurs et les espoirs de notre héros dans un monde diffèrent.
Le film sera projeté le 29 septembre au festival nouvelles générations de Lyon et sera en ligne sur http://www.ubicmedia.com dans quelques semaines.
4) Puisque tu abordais tout à l'heure internet... Quelle utilité en fais tu? Quelles sont les adresses sur lesquelles tu aimes aller régulièrement?
Pour moi l'internet c'est "le monolithe" de la connaissance décrit dans "2001 l'odyssée de l'espace" c' est une boite à laquelle on pose des questions et qui réponds. C'est donc avant tout un outil d'information, d'accumulation du savoir. Je suis très friands de google news ou de wikipédia et puis comme beaucoup je télécharge musiques et films sans aucune mauvaise conscience (Je suis convaincu que les majors ont fait de la "rétention d'information" au nom du sacro-saint "copyright". Elles ont confisqué le savoir comme l'église l'a fait en d'autre temps. Je suis bien content qu'on puisse les niquer. Reste à trouver les moyens de redistribuer les droits d'auteurs. C'est un tout petit problème qui je pense n'intéresse pas du tout les multinationales bien plus intéressées par leurs royalties.)
Et Puis, je découvre depuis peu avec Myspace que l'Internet peut être pour moi un moyen de socialisation... je commence à y prendre goût.
5) Tu pourrais nous décrire "une journée type" de ta vie, du levé au matin ... ça ressemble à quoi ? ...
.Je vais avoir un peu de mal à te répondre. Plus les journées se ressemblent et plus j'ai tendance à déprimer. Je suis intermittent justement pour éviter ça. En ce moment par exemple, je passe beaucoup de temps devant l'ordi ou à regarder des films mais c'est un peu normal vu que j'ai une cheville pétée. Sinon j'alterne "journées de tournage" sportives et dynamique - reveil early - café clope - moto - rendez vous avec l'équipe dans un bar recafé clope - trajet jusqu'au décor - discussions avec les acteurs - petit pet avec mon assistant dans la voiture - et puis tournage - tournage - tournage. Le soir un film et au lit. Le lendemain c'est partit pour deux jours de montage sur mon ordi - café clope - clic - final cut - café clope - aie j'ai mal aux yeux - café clope - bon j'en peux plus j'vais au lit.
Puis après il y a les journées "visionnage au groland". café clope - boule dans le ventre - moto - buro - salut ca va moustic ? - café clope - tiens un pet - bon, on se le regarde ce sketch - clope - hahahaha - ouf - ça vous plait ? - cool - pet - café en terrasse avec les potes - bourrage de gueule - danse frénétiques - merde le jour se lève - pof au lit.
Et puis y'a les journées pub : Café clope - rasage - reunions prises de tête - ha, on peut pas fumer ici ? - non non c'est pas grave - ha le client vous a dit que... oui, mais vous inquiétez pas ça va le faire. - et puis on boucle sur les journées tournage, les journées montages les journées chomage qui peuvent se transformer avec un peu de bol sur des journées "écriture" : là c'est souvent : rien rien rien rien rien - bon ben je vais prendre un bain chaud alors - ça y est je l'ai - écriture - écriture - écriture - et pof je dors. Le lendemain c'est café clope - ouais, c'est pas si génial en fait - pipi - tiens et si je changeais ça ? - écriture - écriture - écriture - bon je vais lire un peu ça va me changer - putain je devrais lire plus souvent moi. pof je dors.
Et puis il y les journées voyages mais ça j'en ai déjà parlé abondamment avant...
6) "Boule dans le ventre"?
Mon métier de réalisateur est fait de "boules dans le ventre" - d'angoisses existentielles - de la peur de décevoir. Après tout, on me paye pour avoir des idées et quand j'en ai pas on a le droit de me fouttre dehors. Durant les tournages le stress c'est "ho putain j'espére que ça va bien ce passer" - il y tellement d'imprévisible que c'est souvent de la magie quand ça se passe bien. Pendant le montage le stress vient de "ho putain mais qu'es-ce que j'ai tourné là ? holala, et pis lui, il est vraiment mauvais en fait..." et puis les journées visionnage c'est "Qu'es-ce qu'ils vont penser de mon travail. Es-ce qu'ils vont rire ? - ils ont compris quoi au juste ?"
Voilà c'est ça les "boules dans le ventre" pour moi. En vieillissant ça se calme un peu quand même...
7) Quel regard portes tu sur « la télévision » au jour d'aujourd'hui? Quels programmes apprécies tu ? Et, de l’autre côté, … qu'est ce qui t'intéresse, te motive dans les programmes que tu produis, ou pour lesquels tu bosses / tu as bossé? Y a –t-il des choses que tu as refusé de réaliser ? Qu’est ce qui est essentiel à tes yeux ? Qu’est ce qui t’apportes le plus de satisfaction ?
Ca fait beaucoup de questions à la fois dis donc... Je vais essayer d'y répondre du mieux que je peux.Mon regard sur la télé a bien changé. Je l'ai beaucoup aimé à l'époque où je réalisais le Zapping de Canal. Je m'en moquais souvent, je pointais ses errements mais je pensais encore qu'on pouvait y trouver des petites perles capables de nous faire oublier la médiocrité ambiante. "Streaptease" était mon émission préférée et puis je me souviens du "droit de savoir" de Pollack sans compter les reportages qui pouvaient s'avérer très pertinents par moment. C'était pour moi une fenêtre sur le monde avec tout ce qu'il y a de drôle, de passionnant, de vulgaire, de magnifique...
Aujourd'hui les choses ont beaucoup changé. Les grands groupes ont fusionné, l'uniformisation de l'offre est affligeante. Je ne sais pas si ça tiens à moi mais j'ai toujours travaillé pour des programmes "en voie d'extinction". J'ai réalisé "Le Zapping de Canal", "C'est pas le 20 heures", "Les carnets de monsieur Manatane" (Benoît Poelvoorde), "Les guignols" (uniquement les fictions), "Fallait pas l'inviter" (Michel Muller) et je suis réalisateur au Groland depuis 8 ans maintenant... Ce qui relie ces programmes c'est la "subversion", la révolte, l'esprit critique. Si j'ai "échoué" à la télé alors que je me destinais au cinéma c'est parce que j'y ai vu l'opportunité de faire une critique de la société constructive. C'était un média particulièrement regardé qui offrait donc une tribune large. C'était pour moi un moyen d'expression puissant avec lequel on pouvait vraiment toucher les gens. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La censure est partout. La rentabilité est la seule et unique motivation des diffuseurs. Alors, comme tout le monde, je regarde un peu les émissions de télé réalité pour me marrer et puis c'est a peu près tout. La télé s'est changée en un désert culturel. Je travaille pour la dernière émission subversive (groland) et nos jours sont malheureusement comptés. Les jeunes se désintéressent de la télé pour se tourner vers le net et je ne peux pas les en blâmer. C'est un peu pour cette raison que je me suis mis au myspace et que j'ai décidé de faire ce que j'ai toujours rêvé de faire: du cinéma. Ce qui me gênais jusque là dans le 7ème art c'est le petit microcosme de faux intellectuels qui se l'était accaparé. Aujourd'hui grâce au net, les choses bougent. On peux tourner des films avec des tout petits budget grâce aux caméras numériques, les post-produire avec des ordinateurs "grand public" et le net va permettre de les diffuser. C'est là que je vois mon avenir.
8) Tu évoques la censure... Est ce que dans des réalisations comme "les carnets de monsieur Manatane", ou "Fallait pas l'inviter", ou même "Groland", quelques fois il t'es arrivé de t'autocensurer? D'aller trop loin? A la question : « Peut-on rire de tout ? », l’humoriste Pierre Desproges répondait : « On peut rire de tout, oui, mais pas avec n’importe qui. » Alors, as-tu des " limites" en humour?
Pour faire écho à Pierre Desproges (un maître vénéré) je dirais que ma limite en humour c'est lorsque je ne rigole pas (et ça m'arrive assez souvent). Pour moi un comique ne se mesure pas à ses bonnes blagues mais plutôt à ses "bides". Une mauvaise blague des "Nuls" sera toujours moins vulgaire qu'une bonne de Bigard. C'est la limite au dessous de laquelle on est incapable de descendre qui est importante. A la télé plus qu'ailleurs, surtout lorsqu'on fait des émissions quotidiennes ou hebdomadaires, il peut arriver que l'on ne soit pas en forme mais il faut savoir jusqu'au on est capable d'aller pour forcer le rire. J'ai eu beaucoup de problèmes à travailler avec certaines personnes pour cette raison.
Lorsque j'ai commencé à travailler avec Benoît Poelvoorde, nous avons fait deux "pilotes" qui ont effrayé Alain Degreffe (le premier sur la pédophile et le second sur le racisme, il y avait de quoi...mais bon, moi j'avais adoré "C'est arrivé près de chez vous", je suis très friand de cynisme et d'humour noir). Degreffe a gentillement éconduit Benoit en lui disant qu'il était un peu trop "trash" pour Canal. J'ai mis deux mois (avec l'aide des auteurs des Guignols) à le convaincre de revenir sur sa décision et de nous accorder une deuxième chance. Comme c'est un homme véritablement extraordinaire, un directeur des programmes comme nous n'en aurons jamais plus, il a accepté. Benoit a été très marqué par ce premier refus et même si par la suite Degreffe ne nous a fais que des compliments, je sais que Benoit s'est "adapté à l'humour français" comme il disait.
Au groland c'est encore un autre problème : Moustic et Delepine sont incorruptibles. Ils ne s'auto-censure jamais (ou en tout cas, je n'en suis pas témoin) mais je sais que les pressions de la direction sont parfois pesantes. Je ne veux pas en dire plus mais plus d'une fois on en pas passé loin de la porte. L'équilibre est fragile. La critique politique est normalement réservée au Guignols (ça passe mieux avec des marionnettes en mousse), le Groland doit donc poser d'autres questions...
9) Avant de finir, je voudrais évoquer avec toi, le sujet de "l'acteur". Puisque tu réalises, tu dois plus ou moins gérer, guider, des acteurs... J'aurais aimé savoir quels genres d'acteurs tu appréciais, y a -t-il des acteurs avec qui tu aimerais beaucoup bosser? Quelles sont à tes yeux les qualités essentielles pour un bon acteur? Peut être as-tu des anecdotes, des souvenirs improbables ou fous de tournages à nous faire partager?
C'est un vaste sujet. J'ai un immense respect pour les acteurs. Je suis admiratif de leur capacité de se mettre à nu devant ma caméra. J'ai moi-même voulu l'être un temps et j'ai vite abandonné lorsque j'ai pris conscience du travail sur soi que ça représentait. J'ai mis fin à ma carrière à 14 ans, le jour ou Patrick Deware s'est tiré une balle dans la tête (Pour moi, il était de loin le plus grand acteur français). Il faisait son métier comme je le conçois : à fond, sans limites, sans "sécurité". Les acteurs "exhibent" leur personnalité, leur corps, tout leur être et se soumettent au jugement des autres. C'est vraiment courageux. J'ai véritablement vu ça un jour avec Benoît Poelvoorde (qui soit dit en passant est était déjà à l'époque un acteur atypique qui refusait par exemple tout les castings - il ne supportait même pas l'idée qu'on puisse lui demander d'en faire un). Nous tournions durant un concert multi-artistes dans "le Bercy" Bruxellois. Benoît devait faire quelques apparitions durant les pauses musicales. Nous, nous en profitions pour tourner un épisode de Manatane sur la musique. A sa dernière prestation devant le public, il n'a pas pu s'empêcher de faire une blague sur l'affaire Dutrou qui défrayait la chronique à l'époque. Il avait juste oublié qu'il était en Belgique et que ça rigolait pas du tout avec ça. Le public l'a hué. J'ai vu Benoît se décomposer. En rentrant dans les loges j'ai essayé de le rassurer mais rien n'y faisait, il était cassé. J'ai alors changé mon fusil d'épaule et je me suis mis à lui parler comme si il était vraiment Monsieur Manatane. "Vous êtes quand même plus fort que ça, Monsieur Manatane. Ce ne sont pas quelques jeunes illettrés qui vont vous mettre à bas ?" enfin ce genre de choses. Benoît a relevé la tête et ma dis "ça tourne là ?". J'ai attrapé mon chef opérateur par le colbac et pof on s'est mis à tourner ce qui allé devenir un de mes sketchs préféré : "les adieux de Monsieur Manatane". C'était tellement fort que mon assistant à même écrasé une petite larme pendant la prise. Voilà, après on s'est tous soûlé la gueule et on a fait la fête toute la nuit. Benoît avait transcendé son personnage. C'est ce va et vient entre réalité et fiction qui m'intéresse, y compris dans le travail avec les acteurs. Au Groland nous prenons par exemple de vrais retraités de la SNCF ou de le la Seita pour incarner nos personnages. Ils sont souvent bien plus juste que des comédiens. Il suffit de leur dire "ben, vous le dites comme vous me le direz vous" et pof ça marche. Bien sûr on ne peut leur demander la même chose qu'a des "Rolls" comme Benoît ou Gustave de Kervern qui pour moi est également un grand comédien. J'apprécie les acteurs qui n'ont pas l'air de jouer, de peiner de travailler. 9a ne veux pas dire qu'il ne faut pas avoir de technique mais ils doivent savoir l'oublier. Stanislofsky (créateur de l'acteur studio) l'as d'ailleurs dit bien que moi. Savoir se servir de sa propre vie, des particularités de son corps pour incarner des personnages me semble indispensable. La technique sert surtout à ne pas se bloquer, à savoir rebondir, pour le reste tout se passe dans les tripes, dans le ressenti, c'est ce qui fait tout la difficulté de ce métier magnifique et terrible à la fois.
10) Voilà, la dernière question bon, ok c'est plusieurs questions en une mais bon quand on aime, on ne compte pas! ...
- Qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine?
Mectoob de Joe la mouk (un garçon qui paye pas de mine mais qui en a sous le capot) / Pat Marcel des "films fait à la maison" un mec très intéressant qui a fait des millions de trucs dans sa vie et puis j'ai des ambitions peut être irréalisables : Takeshi Miike mon maître et la très poétique Miranda July peut être plus accessible.
- Tes derniers coup de coeurs (musicaux, humains, cinématographiques, littéraire ...)?
Je suis un fan de cinéma asiatique. Park Chan-Wook réalisateur de Old boy (un film incroyable) et Takeshi Miike qui à réalisé entre autre Ichi the Killer ou Visiteurs Q (un réalisateur qui montre la voie d'un nouveau cinéma , qui explore des voies jusque là inconnues du sadomasochisme à l'emprise par exemple ) me fascinent. J'aime aussi beaucoup le cinéma indépendant américain de Cassavetes (mon maître absolu) à Robert Rodriguez (dont le dernier film "planete terror m'a fait hurler de rire et de joie), en passant par les frères Cohen (Arizona junior est un de mes films culte) je suis très éclectique. Je pleure systématiquement à la fin d'Armageddon quand Bruce willis se sacrifie pour sauver l'humanité mais aussi à chaque fois que je regarde Tarnation de Jonathan caouette (qui se film depuis l'age de14 ans et qui a su transendé sa vie tragique). J'aime beaucoup de films car je les juges pour ce qu'ils sont, dans leur propres contexte et non pas dans l'absolu. J'aime le cinéma sud-coréen, chinois ou japonais pour son esthétique du mouvement, sa maîtrise technique et la pertinence des thèmes abordés. J'aime le cinéma américain pour son professionnalisme, son sens de l'auto-dérision (parfois) et surtout ses acteurs.
En musique je suis récemment tombé amoureux d'Amy Winehouse, d'elle et de ses chansons. Elle a une voix magnifique mais je pense que c'est aussi une future grande actrice. Et puis je veux absolument parler de mes nouveaux potes de Joe la Mouk. Leurs chansons "Les jeunes ça craint, les vieux c'est mieux" ou " RAP TERROSITE" sont à la fois super drôles et super pertinentes. J'adore aussi leur autre groupe MRS (musique rythmique et sportive) (les vidéos aussi sont magnifiques).
- Si tu avais une baguette magique et que tu pouvais réaliser trois voeux, tu ferais ... ?
Je reviendrais petit - Je ferais des Etats Unis un pays sous-développé et de l'Afrique la première super-puissance du monde - J'abolirais la mort.