Benjamin Carré
interview réalisée le 08/10/2007

Fonction : Illustrateur, concept artiste, auteur de BD.
Site(s) : http://www.blancfonce.com/news.html
Nom ou pseudo :
Benjamin Carré
Signification et/ou origine du pseudo :
j'ai hérité du nom de mon père et mes parents ont choisit ensemble le prénom :)
Date de naissance :
22/05/1973
Localisation :
Banlieue parisienne
Signes particuliers :
aucun... ce qui doit me rendre relativement invisible dans la masse. Pas mal ça. SP : invisible :)
Matos utilisé :
Tablette graphique + Photoshop
Présentation personnelle :
J'ai décidé de devenir illustrateur depuis que je sais que c'est un métier... je devais avoir 4 ans. Aujourd'hui j'ai l'immense chance de réaliser mes rêves d'enfance dans différents domaines : illustrations, BD, jouets, ciné, jeux vidéos heu... non pas jeux vidéos, ça existait pas quand j'étais petit, mais je suis certain que si ça avait existé à l'époque ça aurait été en tête de mes rêves :)  En tout cas je suis fier de réussir a transformer ma passion en métier et je mesure bien à quel point je suis chanceux.

A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : je serais une question impertinente (c'est bien souvent les plus pertinentes).
Une chose insupportable : impossible de répondre, je serais bien obligé de me supporter si j'étais cette chose là !
Une œuvre : Blade runner de Ridley Scott
Un personnage de fiction :
Max Rebo
Un mythe :
Le Craken
Un proverbe :
« Si tu frappe une cruche contre ta tête et que ça sonne creux, n'en déduit pas forcément que c'est la cruche qui est vide. »
Une phobie : l'agoraphobie
Un vice : dur de choisir, ils sont tous tellement bons !
Un objet inutile : héhé oui, c'est bien moi !

Une idée récurrente : trouver du plaisir.
Un cauchemar : J'arrive pas a entrer dans le cadre du portrait chinois pour celui là : car cette question semble  me demander quel est mon pire cauchemar ?… et il se trouve que c'est certainement pas celui là que je choisirais si je devais en être un !
Un moyen de transport : un roman
Un bruit corporel : un éternuement du genre a dépasser les 120 décibels
Un prix Nobel de la paix :
Nausicaä, de la vallée du vent.
Un film porno : Super Size Me
Un tyran :
Dieu
Un repas de famille : chili con carne
Une habitude : vérifier ma boite mail
Une polémique ridicule : qui est le plus fort entre Albator et Goldorak  ?
Un investissement : apprendre.
Une œuvre caritative : MSF
Un mensonge : Une œuvre caritative
Un souvenir : Ben en fait la petite souris n'était pas une vrai souris, c'était mon papa ! Mais j'ai continué à faire semblant de dormir pour pas le mettre dans l'embarras.
Un site Internet : google images

Les questions personnalisées :
1) Tu dis "j'ai l'immense chance de réaliser mes rêves d'enfance dans différents domaines", il te reste d'autres rêves encore? Quels sont les rêves que tu as réalisé, dont tu es le plus fier?
Des rêves, il y en aura toujours ! Plus j'en réalise et plus il y en a de nouveaux qui arrivent, on devient vite boulimique dans ce domaine :)

Des trucs en particulier qui me tiennent à coeur... Toucher a des licences qui ont bercé ma jeunesse : Star Wars, Alien, albator, Goldorak... etc. Que ça soit dans les domaines du film du jeu, de la BD, de l'illustration ou même du jouet, de la façon la plus humble possible ça me plairait énormément de participer à ces mythes. Bon ouais je sais, je suis un geek, et alors ! J'assume :)

2) Est ce que tu pourrais nous parler de l'album Smoke City?
Smoke City c'est d'abord le fruit d'une rencontre entre Mathieu et moi. Faire un album BD faisait partie des rêves non réalisés qui me titillaient depuis un bout de temps (pour faire comme mes héros d'enfance : Moebius, Bilal, tardi Druillet...). Mais j'avais un peu peur de franchir le pas, mine de rien c'est un gros investissement personnel. J'avais aussi tout simplement peur de ne pas réussir à convaincre un éditeur. L'idée me travaillait de plus en plus et Mathieu m'est tombé dessus à ce moment là. Il connaissait et appréciait mon travail. Il me proposait de faire un album ensemble et dès le début le courant est passé. J'avais, au bout d'une heure de rencontre l'impression de discuter avec un ami de toujours. L'album lui, est une histoire de grande cambriole qui tourne à l'occulte une sorte de résultante de nos références et envie communes. Faire une BD c'est peu comme jouer à la poupée : on s'invente des personnages et on leur fait vivre des aventures incroyables.

J'ai tendance a être exigeant et désorganisé, à tout remettre en question à chaque tournant de l'histoire, heureusement Mathieu est quelqu'un de très zen, mais le bébé a été difficile à accoucher. Sur la fin de prod je détestais cet album, je le trouvais nul... pourtant dès qu'il est sortit et que j'ai eu l'objet entre les mains, je me suis senti très fier, je l'ai tout de suite aimé :)

3) C'est quoi pour toi une "oeuvre" réussie? Une "oeuvre" parfaite ? Y a-til d'autres créations dont tu es fier?
"une oeuvre réussie". hum le mot "oeuvre" en lui même me parait être un superlatif tellement puissant, qu'à mes yeux il ne parle forcément que de quelque chose de réussi ! Après je ne sais pas trop répondre à la question. Une oeuvre est réussi dans le regard de celui qui la contemple. Que ça soit un spectateur ou son créateur. La notion de réussite est liée aussi à tes objectifs : toucher une personne, quelques unes ou même le monde entier, faire vomir, choquer ou faire de l'argent... Les objectifs peuvent arriver à différent types de réussites parfois antagonistes. En tout cas je n'ai pas d'idée préconçue quand à la recette de l'oeuvre réussie :)

Je pense que le mot parfait n'a de sens que dans les domaines qui ne font pas intervenir de notion de subjectivité, comme les mathématiques par exemple... mais certainement pas en art !

Ce dont je me sens fier avant tout c'est d'avoir la chance de pratiquer un métier qui me permette de toucher à des domaines aussi nombreux que différents. En ce qui concerne mes créations en particulier, je n'ai pas vraiment de réponse a donner, j'essaie d'aimer ce que je fais, sinon ça serait invivable ! Et il y a clairement des choses dont je ne suis pas fier, je me contente de les oublier :)

4) Tu évoques la notion d'objectifs... "La notion de réussite est lié aussi à tes objectifs : toucher une personne, quelques unes ou même le monde entier, faire vomir, choquer ou faire de l'argent..." dans un travail comme ceux que tu as fait pour les jeux Alone in the dark, Coldfear, as-tu tes propres objectifs, où ce serait plutôt une question d'objectifs commun avec une équipe? Comment s'organise le travail? Quelle est ta part d'improvisation, si je puis dire?

Quand je parle d'objectif je ne parle pas de moi en particulier, c'est juste pour identifier le sens de la notion de "réussite" évoqué plus haut concernant une oeuvre. Mais il ne faut pas s'imaginer que je suis quelqu'un qui a des "objectifs". Qui planifie son parcours ! Je suis même exactement le contraire, ma vie est une barque sans rames... Je me laisse porter par le courant et tente de saisir ce qui passe, en fonction des opportunités ou de mes facilités. Et c'est très bien comme ça :) 

Une production de jeux vidéo ressemble beaucoup a celle d'un dessin animé, c'est clairement un travail d'équipe. Différents corps de métier cohabitent et se complètent. Dans ce cadre mon vécu sur les deux projets que tu sites sont très différents: pour Alone, c'était ma première expérience dans le monde du jeux. Étant moi même joueur, j'étais très excité d'avoir été retenu par la société Darkworks et de cette façon d'être passé de l'autre coté de la manette : de joueur à concepteur. Mes "objectifs" n'étaient clairement pas à l'échelle de l'oeuvre en elle même, mais beaucoup plus de celle de mon rôle dans l'équipe : bien faire son taf pour conserver la chance de rester dans ce monde du rêve !

Pour Cold Fear, j'avais déjà plus de bouteille, avec Aleksi Briclot on dirigeait toute une équipe de designer. Je n'étais plus dans une logique de faire mes preuves, mais clairement de faire passer nos intentions de design à travers tout le filtre de la prod. Ce qui n'est pas toujours facile dans une grosse production :)

Je met des guillemets chaque fois que j'utilise l'expression "mes objectifs" car le terme me parait vraiment trop fort par rapport mon vécu réel. Le seul vrai objectif qui me vient est de faire en sorte de m'amuser au maximum dans mon taf... sinon à quoi ça sert de se lancer dans un métier passion ?  Darkworks est un lieu qui m'a permis de rencontrer des personnes talentueuses avec lesquelles j'ai énormément appris ! C'est vraiment fondamental pour un artiste que d'avoir la chance de travailler en atelier, l'émulation décuple de façon incroyable nos capacités.

5) Dans une interview avec Mathieu Mariolle, à propos de la BD Smoke City, tu as dit : "Nous voulions faire un récit à la Sin City ou à la Gotham City. Smoke City, ça sonnait bien. Et puis c’est le nom d’un groupe de musique que j’adore ! Leur style est dur à définir, du jungle brésilien en quelque sorte." Si demain, Nina Miranda (la chanteuse de Smoke City) te proposait de faire un nouveau clip pour le morceau Undewater Love, ou te proposerait tout simplement de créer un clip pour un futur album, c'est quelque chose qui t'intéresserait? Qu'est ce que tu pourrais nous concocter? La musique que tu apprécies a une certaine influence dans tes créations?
Le clip de Undewaterlove a déjà été refait, par Gondry pour une pub Levis, et c'est un vrai petit bijoux, impossible de repasser derrière ! Et si Nina Miranda me faisait une telle proposition, je serais extrêmement flatté, mais aussi très stressé. Je n'ai pas d'expérience dans ce domaine, aussi bien ça donnerait un pur carnage ! C'est pourtant un truc qui m'attire aussi : la réalisation, mais j'ai l'impression qu' il aurait un paquet de chemin à parcourir pour que je puisse m'y mettre. Et puis c'est pas un milieu dans lequel on débarque comme une fleur, avec aucun bagage lol. La musique que j'apprécie a une certaine influence dans mes créations, oui. Mais relative.... J'adore bosser en musique, mais elle a tendance à me distraire. Plusieurs fois je me surprend à "écouter" plutôt que dessiner. Je ne dois pas être multi-taches :) 

6) Côté réalisation, tu aimerais -si tu trouvais les moyens de tout concrétiser- de travailler dans quel registre? Des envies, ou idées particulières? Qu'est ce que tu apprécies dans la vidéo, le cinéma? Quel a été un de tes derniers coup de coeur?
ahah c'est pas la première fois qu'on me voit faire de la réalisation, mais c'est la première fois que j'y voit autant d'insistance ! Dans quel registre ? Certainement un qui donne prétexte à travailler l'image comme la SF ou le space opera.... ou bien tout simplement le cinéma d'animation. Ma dernière grosse claque au cinoche.... hum, je dirais "le voyage de Chihiro" de Miyazaki, il y a aussi la série "Oban Star-Racers " de Savin Yeatman-Eiffel.... et les production HBO.... et plein d'autres truc en fait, je suis un goinfre en matière d'audiovisuel :)  

7) Sur ton site, il y a une partie making of, tu nous présentes deux de tes travaux pas à pas dont celle ci [NDR sur le site les images sont en plus grosse résolution] ... Pour réaliser une image comme celle ci, il t'a fallu à peu prés combien de temps? Est ce que tu peux nous expliquer un peu l'évolution de cette image?

Il me faut en moyenne deux après-midi pour faire une illustration (sauf si le commanditaire demande des modifications, ça peut durer plus). Cette illustration est la couverture du recueil de nouvelles de Ugo Bellagamba : "La cité du soleil". J'ai eu la chance de rencontrer Ugo juste avant de réaliser la couverture. On a pu en discuter ensemble. C'est rare d'avoir l'occasion de travailler directement avec l'auteur. Techniquement parlant, je voulais faire une ville en forme de gyroscope géant tournant autour d'un soleil central. Comme on peut voir sur l'évolution étapes par étapes, j'ai d'abord pauser tous mes volumes et lumières en peinture numérique (photoshop + tablette graphique). Une fois la compo des grandes masses terminée, je suis entré dans les détails... Et pour finir j'ai superposé des photos de façade d'immeuble pour donner ce rendu et cette texture propre à mon style graphique. Il n'y a pas d'étape papier : tout est réalisé en numérique.

8) Au vu de la qualité de certaines de tes illustrations, j'avoue ... je ne peux m'empêcher de me poser cette question... Ce talent vient :
a) D'un véritable don de la nature.
b) D'un acharnement au travail, griffonner, griffonner, griffonner, griffonner...
c) D'une connaissance d'un saint grall caché de tous, c'est à dire un bouquin s'intitulant "truks & astuces en graphisme pour les nuls".
D) Des 3 dernières réunies.
Plus sérieusement ... Allez, sois fou .... quels sont tes secrets, tes techniques, ... ^^ ! Et si par hasard tu avais un conseil aux apprentis dessinateurs ...

LOL. Je pense que le "talent" des illustrateurs ou des musiciens ou de n'importe quel autre artiste pro est impressionnant justement par ce qu'ils ont transformé leur passion en métier. Quand on est passionné, le fait de griffonner, griffonner, griffonner, griffonner n'a justement rien à voir avec un acharnement au travail. C'est même le contraire, c'est un acharnement à la distraction : c'est s'amuser, s'amuser, s'amuser, s'amuser. Sauf qu'il s'agit d'une distraction constructive. Si jouer a un jeu vidéo pouvait devenir un métier, les passionnés de jeux, les grand virtuoses de la manette  auraient de nombreux admirateurs pour leur tallent réel (en fait ils commencent déjà a en avoir). Bref quelque soit le métier qu'on pratique, si on prend plaisir a le pratiquer, ça se ressent forcément dans le résultat. Si on rêve d'être dessinateur mais qu'on ne prend pas plaisir à dessiner... ben c'est qu'on se trompe sur ses rêves. Je pense vraiment qu'on devient "talentueux" par le "plaisir de faire" et pas seulement dans les activités artistiques.

9) Tu as dit le 26 mai dernier dans une interview " J’ai envie de me lancer dans un « space opera »". Tu peux nous expliquer un peu ce projet ... C'est toujours d'actualité ? D'ailleurs, quels sont tes projets à court, moyen et long termes ... ?
Hum, le space-op c'est un rêve d'enfance, mais un projet a long therme. Dans l'immédiat je dois faire la suite de smoke city... après... ben d'ici là je verrais quelles seront mes envies et mes possibilités du moment. Faut pas croire que je n'ai qu'a choisir de faire ce que j'ai envie de faire comme un prince ! C'est aussi beaucoup en fonction des opportunités qui se présentent. En plus, parfois, je peux rester stérile sur des thèmes qui me tiennent à coeur, alors qu'a coté on me propose des choses formidables qui ne faisaient pas partie de mes projets ! Je n'ai pas de projets réels à long thermes. J'ai tendance à me bouger les fesses que lorsque les périodes de calme plat durent trop longtemps... mais là c'est pas le cas :)

10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin ?
Ben je sais pas moi ! J'allais citer les amis comme Nicolas Bouvier (Sparth), Aleksi Briclot, Mathias Verhasselt (m@.) ...etc. Mais finalement je les connais suffisamment bien pour être capable de leur demander moi même ce que je veux savoir !
le mot de la fin, hein, quoi ? si j'étais un animal ? ben je serai un escargot tiens !
merci encore pour ta patience :)

 

Sources: Interview , interview (pour en savoir plus sur smoke city)