Alexis Cherigny 
interview finalisée le 17/11/2007

Fonction : photographe pro et assistant
Site(s) : http://www.alexischerigny.com
Nom ou pseudo : c'est marqué au dessus, pfff, ces gens qui regardent que les images, vraiment...
Signification et/ou origine du pseudo : faudrait demander à l'état civil, j'ai un peu la flemme, mais j'peux te faxer mon extrait de naissance.
Date de naissance : 16/05/1987
Localisation : Paris
Signes particuliers : des joues rouges !
Matos utilisé : des appareils photo à pixel et à pellicule, et un ordinateur, et plein d'autres trucs
Présentation personnelle : bonjour, je m'appelle alexis, j'ai 20 ans, je ne suis pas très intéressant et en plus je fais de la merde. Sinon je bosse comme assistant dans un studio parisien dans le milieu tant décrié de la mode/beauté/pub et compagnie, et aussi en tant que photographe indépendant. J'ai une autre passion dans la vie, c'est regarder TV8 Mont-Blanc à 5h du mat', Marc Veyrat qui t'explique le hamburger au reblochon, c'est mon dada.

A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : pourquoi diantre la nature fait si bien les choses ? L'évolution, c'est quand même incroyable.
Une chose insupportable : Le fait d'entendre le mot Sarkozy à peu près une fois par minute depuis quelques mois.
Une œuvre : l'autobiographie de François Cavanna, peut-être. Oui, je sais, j'ai des références bizarres parfois.
Un film : Jackie Brown ou The Royal Tenenbaum, j'hésite un peu.
Un morceau de musique : D'you know what I mean d'Oasis
Une surprise : Se réveiller chaque matin et pouvoir respirer, c'est cool et surprenant
Un personnage de fiction : Butters... pour toujours.
Un mythe : le Manualist (dédicace à Juju : http://www.youtube.com/user/gunecologist)
Un proverbe : le jour où la merde vaudra quelque chose, les pauvres naîtront sans cul.
Une phobie : ne pas travailler
Un vice : une bonne fellation ou un pot de rillettes, j'hésite, faudrait que j'essaye de me faire sucer en bouffant des rillettes un jour, ça pourrait être rigolo. Comment ça, y'a des jeunes qui lisent ?
Un objet inutile : un mini four à pain, n'en achetez pas, c'est de la merde.
Une idée récurrente : arrêter de faire de la merde et me motiver un peu à oser faire les photos que j'ai envie de faire.
Une arme : la parole, bande de violents
Un cauchemar : une chute sans fin (chronique depuis ma plus tendre enfance, celui-ci)
Un moyen de transport : tout ce qui est ferré, j'adore. Etre passif dans le transport, regarder les autres, ça a quelque chose de magique.
Un bruit corporel : le bruit d'un bisou dans le cou, j'aime bien. Pas que le bruit d'ailleurs.
Un prix Nobel de la paix : René Cassin, c'était un chouette boulot la déclaration universelle des droits de l'Homme. Faudrait que ce soit appliqué maintenant.
Un film porno : 3 blanches salopes pour Noirs hyper-montés ! Une véritable révélation, des gang bangs avec des renois qui gardent leurs socquettes pour niquer, à 13 ans c'est le genre de trucs qui te marquent à vie =D
Un tyran : l'insomnie
Un repas de famille : le tête à tête du dimanche dans la petite salle à manger de ma grand-mère. Le poulet quasiment entier qu'elle m'obligerait presque à engloutir, tout ça.
Une habitude : tomber amoureux toutes les 5 minutes pour une durée de 20 secondes à peu près
Une polémique ridicule : pour ou contre l'euthanasie ? Marrant les gens contre, j'suis sur qu'agonisant ils seraient pour, eux aussi.
Un investissement : une bonne mutuelle ?
Une œuvre caritative : empaqueter quelques plats du traiteur italien que personne ne bouffe au studio et les filer aux clodos du boulevard d'à côté. Ca coûte rien et ça fait plaisir.
Un mensonge : Ah non je peux pas en ce moment, je suis ultra-booké, mais dès que j'ai des dates possibles, j'te fais signe (si tu passes par là et que j'ai déjà répondu à un de tes mails de la sorte, tu peux m'envoyer un mail d'insultes, j'ai un chouette best of à continuer. Merci de ta compréhension)
Un souvenir : les heures passées sur le piano à répéter des morceaux de classique étant petit. Une vraie torture. Et la madre qui gueulait à la moindre fausse note, et vas-y que ça chialait, et que ça recommençait jusqu'à ce que la note passe.
Un site Internet : Deezer, c'est fantastique des trucs comme ça.

Les questions personnalisées :
1) Pour de nombreuses personnes, tu es "Nuck" (à ne surtout pas prononcer nuque ^^), pourquoi depuis peu tu ne te présentes plus sur la toile avec ce pseudo?

Bonne question... si tu veux ça correspond assez à un changement de vie ces derniers temps, et notamment ma venue à Paris pour vraiment bosser dans la photo. C'est con mais j'me voyais mal démarcher, facturer, vivre de ça avec un pseudonyme. Puis ça coïncide aussi avec un ras-le-bol d'Internet, la perte de temps qui en découle, et au final ce pseudo était quand même assez lié à une période où je passais ma vie sur le Net et en particulier sur les sites photo/images, notamment sur feu Jlions. Maintenant que c'est fini... :) 

2) Et maintenant ta vie tu la passes ... à faire quoi? A quoi ressemble une journée -voire nuit, puisqu'apparement tu es insomniaque- de tous les jours?

Plein de choses ! 
A quoi ressemble une journée... souvent en ce moment, au studio, à assister des photographes dont on ne se souvient plus le nom 3h plus tard, à ranger, nettoyer, réparer, tout plein de choses. Le reste du temps, soit en train de vadrouiller/glandouiller, soit à faire des tests pour enrichir un peu mon book de merde.

La nuit, c'est autre chose. En effet, je ne dors pas beaucoup, étant insomniaque depuis quelques années... C'est un autre univers. Pas ou peu de communication, beaucoup (trop) de temps pour penser, j'en profite souvent pour écrire, ou mater des séries débiles. Selon l'humeur...

3) Nadia Wicker dans son interview disait "Petite précision, quand je parle du monde de la mode, je parle de la mode telle que peut la vivre par exemple Alexis Cherigny, qui côtoie Vogue & co.. et ca je ne pourrais pas, trop faux pour moi.. Moi je fais de la mode à mon niveau, à Strasbourg :D Rien à voir... " Alors... Une réaction vis à vis de ce point de vue?

Ben, elle exagère pas du tout, la belle Nadia. Une série mode ou un shoot pour une campagne ici, c'est minimum 10 personnes, souvent 20, des budgets énormes, des fois une quinzaine ou une vingtaine d'ensembles à mettre et à shooter, 2 ou 3 mannequins qui se relaient... Tout simplement parce que Paris est une capitale de la mode, une ville qui compte dans ce milieu, avec des dizaines de grandes maisons bien implantées. Alors oui effectivement ça n'a rien à voir. C'est vrai qu'on est un peu dans les extrèmes, là on parle d'éditos pour Vogue, de campagnes pour Dior ou Chanel, ce genre de choses, où l'argent coule à flots et où les résultats sont bien souvent aussi à la hauteur des budgets employés.

Après la mode, ça veut tellement tout et rien dire que faire de la mode à Strasbourg ou ailleurs n'a rien de péjoratif pour autant. Tout est une question d'envie de toute manière. Puis on parle de bouts de chiffons, et ça, y'en a partout dans le monde. (whoa, ça devient très spirituel tout ça.) 

4) En parlant de spiritualité ... Soyons fous! Attaquons de front un mur de préjugés forts qui trotent dans le milieu de la mode, puisque c'est un milieu dans lequel tu travailles depuis quelques temps, tu vas pouvoir peut être éclairer ma lanterne .... ah ah !

1- "Alors les jolies filles dans la mode sont elles toutes écervelées?"



2- "Sans photoshop, les top models ne sont rien".


3- "De toutes façon, toutes les TOP sont anorexiques"


Alors ... Alexis ... ^^ ?

1 Bouh la légende ! Les françaises en tout cas, rarement. Très réalistes quand à leur boulot, souvent diplômées (et de bons diplômes) et faisant ça en dilettante ou en ayant pris une année sabbatique pour tester le terrain... Les étrangères souvent sont plus jeunes, moins versées dans les études, mais ne sont pas des folles furieuses pour autant. Après un peu fofolles parfois, je dis pas. Mais pas de façon caricaturale. Sont comme nous les jolies filles, elles n'ont pas toujours envie de passer pour des connes. 

2 Faux... un mannequin est mannequin non seulement à cause du physique mais aussi (et surtout dirais-je même) du charisme. Et c'est pas une peau un peu sèche ou boutonneuse ou n'importe quel détail de ce style qui peuvent changer la donne. 

3 Bah écoute... j'en ai encore jamais vu, de vraie anorexique. Des nanas un peu maigres, ouais, et quand j'dis maigre ça ne veut surtout pas dire qu'il n'y ait plus de formes et qu'on ne devine les os au niveau des jambes ou des bras. Jamais de squelettiques, quoi. Après, on pourra arguer le fait que je bosse en studio et pas sur les défilés, c'est vrai, mais les agences envoient indifféremment les mêmes filles sur les deux "genres". C'est un peu fumeux tout ceci. 

5) De toutes les séances pour lesquelles tu as travaillé. La quelle t'a vraiment fait prendre ton pied? Qu'est ce qui est important à tex yeux dans une séance ? Les conditions optimales pour toi ce serait quoi?

J'dois avouer que les dernières séance beauté que j'ai faites, avec un peu plus de staff, un peu plus d'ambition quand aux résultats, c'était sympa. Après je prends quasiment tout le temps mon pied à partir du moment où j'ai quelqu'un en face de moi et un appareil dans la main... quelque chose d'assez viscéral. Je regrette d'avoir découvert ça si tard mais je m'attelle à ce que ça dure le plus longtemps possible. Donc le plus important, le plaisir, et ensuite, le résultat. Si le résultat suit, c'est génial. Si les résultats sont pas top, pas grave, y'a pas mort d'homme. 

Les conditions optimales, ça dépend du genre ! Quand je portraite (toi aussi découvre mon côté néologiste), j'aime particulièrement cette ambiance pré-estivale, tu sais, 20°, un petit vent qui rafraichit, une balade sous un soleil qui ne pète pas trop. Là c'est un bon kiff, la lumière est belle, tu te balades, tu discutes, de temps en temps une photo, et puis peut-être pas d'autres, à l'envie quoi. 

Après le studio c'est plus compliqué. Conditions optimales, de la place, beaucoup de place, pas trop de matos mais du matos qui marche, que tout le monde soit à l'aise, de la bonne zic et hop ! Parce que là c'est pas à l'envie, faut quand même shooter pas mal pour avoir ce que tu veux, alors autant que toutes les conditions soient là pour ça.

6) Dans une interview tu disais " Débuté avec du réflex numérique, puis très rapidement j'me suis intéressé au moyen format, sans pour autant dénigrer le pixel. Maintenant, j'demande juste quelque chose qui prenne des photos : je travaille avec les deux technologies selon l'envie, l'exigence plastique et aussi le budget du moment. (à priori quand même, 90 % de numérique en beauté et en "mode", 100 % d'argentique en portrait "classique", etc etc). Tout dépend de l'usage que j'en ai, je ne suis absolument pas un intégriste, le numérique c'est formidable, l'argentique aussi, mais ça ne reste que des outils et rien d'autre. Niveau retouche, j'en use et abuse en beauté et compagnie, je me contente de virer des poussières dans le cadre de boulot argentique, voilà. Ceci dit : la technique c'est de la merde, un véritable bourbier dans lequel il ne sert à rien de s'empêtrer. Des coups à oublier la photo en elle-même, donc faut pas se prendre le chou." Ca sent le vécu on dirait? Mais dis moi, finalement une image qui fonctionne pour toi, elle doit avoir quoi?

La technique est en train de pourrir littéralement toute une génération de photographes. C'est dingue. Les gens veulent tout savoir faire, éclairer comme leurs idoles, retoucher comme des pro, avoir des images super-propres et au final, la plupart se retrouvent avec des photos qui peuvent certes êtres jolies niveau plastique mais qui n'ont pas d'histoire, pas d'âme. C'est vraiment une impression que j'ai depuis quelques temps, en particulier quand j'observe les forums, les communautés, chacun y va de ses tutoriels, de ses conseils, de ses "je cadrerais comme ci comme ça", et au final, plus personne ne cherche à appréhender l'image en elle-même, ce qu'elle raconte, son émotion. Et c'est bien évidemment un piège dans lequel je suis tombé comme trop d'autres, et dont j'essaye de me dépêtrer tant bien que mal. On peut pas dire que j'sois aidé par mon boulot mais j'y travaille. Comprendre qu'une image existe par ce qu'elle raconte et non pas uniquement par ce qu'elle montre, c'est un grand pas que beaucoup de gens devraient essayer de faire, en arrêtant de se soucier du matériel, de la lumière qui aurait pu être mieux si on avait décalé de trois poils de cul à droite, et ci et ça. Pour autant j'vais quand même pas me faire l'apôtre de l'émotion et de l'âme des images comme certains, mais un juste milieu me parait intéressant à exploiter. 

L'image qui fonctionne, donc... C'est celle qui va me parler ou me raconter quelque chose, et dans le même temps, interpeller mon sens plastique. Et ça peut autant être un portrait, qu'un paysage, qu'une photo de mode, bizarrement. 


7) T'en as une ou deux sous la main à nous montrer pour illustrer tes propos?

Pour ce qui est d'étayer mon propos par rapport aux images qui me parlent :


La première, c'est un portrait réalisé par Gilles-Marie Zimmermann. C'est un portrait très, très élaboré, à tous les niveaux, qu'on pourrait si on le voulait rattacher au domaine de la photo de beauté, mais qui va pour moi bien au delà de ça. Il faut, je pense savoir le regarder au delà de la belle gueule de la minette et de la chouette technique, du beau noir et blanc etc etc. Y'a un vrai regard ici. Un respect aussi des volumes, un côté très asymétrique chez cette jeune fille, trop souvent retouché. 






Celle-ci, c'est une image de Jean Yves Brégand, qui est plus connu pour son travail de tirage (le mec a bossé pour les plus grands, notamment Salgado) que pour son travail de photographe. Je ne sais plus où j'ai vu cette série exposée, mais j'ai été scotché par ces Ciels de Patagonie, ce vide, et ce ciel qui raconte tant de choses. Et pourtant, je ne suis pas vraiment ce qu'on appelle un fondu de paysages, mais ceux-ci forcent le respect. 

8) Au fait, pourquoi l'autobiographie de François Cavanna?

Ah, on revient à du culturel :)  François Cavanna, c'est un grand monsieur. Pour ceux qui ne connaîtraient pas et qui aimeraient re-situer le personnage, il s'agit de l'un des fondateurs (avec le Professeur Choron) du magazine satirique Hara Kiri, qui est devenu bien des tribulations plus tard Charlie Hebdo... Son autobiographie (en 3 voir 4 volumes, à savoir "Les Ritals", "Les Russkofs", "Bête et méchant" & "L'Oeil du Lapin" en joker), c'est l'histoire d'une vie, qui commence un peu avant la Seconde Guerre Mondiale, à Nogent, un gars né d'un père immigré italien et d'une mère française qui le sur-protège, puis vient l'adolescence et le STO, la rencontre là-bas d'une Ukrainienne torturée par les Allemands qui lui crèvera dans les bras peu après la fin du conflit,  la rentrée en France, l'après-guerre, l'émergence d'une liberté d'expression encore toute relative, la rencontre avec Choron, les premiers numéros d'Hara, la censure, la difficulté qu'il y avait à monter un projet comme ça... tout ça raconté avec une extrême tendresse, toujours très bien écrit, de façon simple, franche, sans cette plume pompeuse et pompante qu'ont trop souvent les auteurs français. Tu te dis en lisant que le mec a quand même bien vécu, il n'est d'ailleurs toujours pas mort, et c'est vraiment quelqu'un dont j'aimerais tirer le portrait un jour si j'étais amené à croiser sa route. 

9) Et Butters :p ?

Quand à Butters, ça va être moins fin d'un coup, mais je dois avouer être complètement fan de ce petit personnage secondaire de la série animée South Park. Le môme le plus naïf et con de la terre, une innocence à tomber par terre, des répliques cultes, et un doublage français absolument excellent. Souvent, quand le moral n'est pas là, j'me mets un petit épisode et c'est reparti, tu ne peux pas t'empêcher de te marrer pendant 20 minutes, c'est complètement débile, exactement comme moi. 

10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin ?

Et bien, j'aimerais bien que tu t'interviewes. J'avoue ne pas arriver à te cerner complètement, ni même partiellement, et quand j'arrive quelque part, j'aime bien connaître le patron des lieux, alors... Va falloir réfléchir à ça. Quand au mot de la fin, je tenais à dire que je n'aimais pas l'art, que l'art c'était de la merde, tout ça. Les artistes c'est rien que des bons à rien de glandeurs de mes deux qui passent leur temps à se plaindre et à voter à gauche. Plus sérieusement, prenez du plaisir à faire ce que vous faites :)