Benjamin Gonçalves- Martins
Interview réalisée le 03/10/2007

Fonction : Sans pile.
Site(s) : http://www.studio-fk.com
Nom ou pseudo : Coren Belian quand je monte (Benjamin quand je descends).
Signification et/ou origine du pseudo : Anagramme.
Date de naissance : 28/03/1982
Localisation : Terroir lyonnais.
Signes particuliers : Ne met jamais deux fois le même pied dans la même chaussette.
Matos utilisé : Poupées russes vivantes, After Effects et mes dix doigts…
Présentation personnelle : Mon travail reste bien meurtri par mon incapacité à me concentrer plus de 16 secondes, mes tendances maladives à buller, et mes occupations de décérébrés (jouer aux avions avec des stylos, retenir longtemps ma respiration et filmer mon saut à l’élastique). J’attends la reconnaissance comme les chrétiens attendent le jugement dernier. Dans tous les cas, il est fort probable que je me retrouve en fin de queue…

A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : Tu vas bien ?
Une chose insupportable : Un moustique à la créatine
Une œuvre : Bagatelles pour un Massacre.
Un film : Le Roi et l’Oiseau
Un morceau de musique : Une symphonie écrite par un sourd
Une surprise : Un Werther’s Original oublié dans la poche d’un grand-père décédé.
Un personnage de fiction : Statler ou Waldorf
Un mythe : La Bhagavad Gîtâ
Un proverbe : « Rien ne sert de se lever »
Une phobie : La pabullophobie
Un vice : Sans écrou
Un objet inutile : Les lunettes de Gilbert Montagné
Une idée récurrente : « Demain, je me lève tôt »
Une arme : Du gaz Sarin.
Un cauchemar : Tellement vomir que je me retrouverais totalement retroussé
Un moyen de transport : Une corde… et la gravité.
Un bruit corporel : Un craquement vertébral
Un prix Nobel de la paix : Gengis Kahn
Un film porno : « Ca glisse Aux Pays des Merguez »
Un tyran : Prof de natation dans une école de tétraplégiques
Un repas de famille : Le gratin du week-end
Une habitude : Le gratin du week-end
Une polémique ridicule : Lait entier ou vodka grenadine ?
Un investissement : Un pays d’Afrique, et si j’ai les moyens, un rubicube plaqué or…
Une œuvre caritative : Jacques Crozemarie est mort…
Un mensonge : « Demain, je me lève tôt »
Un souvenir : Une madeleine
Un site Internet : www.virtualbartender.beer.com

 

Les questions personnalisées :
1) Est ce que tu pourrais nous raconter comment est né Studio FK? Et pourquoi avoir créé une telle asso? Quel y est ton rôle?
L'idée de Studio F.K est née sous le nom de Fosse Kommune, il y a de ça quelques années déjà, sur les bancs de la fac. La création d'une telle assoc était pour nous l'occasion de nous fédérer sous une même petite bannière afin d'estampiller nos premiers films (Run Away Nemosyne). En plus, cela nous obligeait à entreprendre quelques projets en dehors de l'université, de nous bouger le cul. De Fosse Kommune, collectif de joyeux drills pubères, nous avons opté par la suite pour F.K Production, puis tout récemment Studio F.K.

Mon rôle au sein de la colonie, sur le plan créatif, n'est pas plus définit que ça, comme celui des autres, puisque jusqu'à maintenant nous nous sommes tous plus ou moins confondus aux places de réalisateurs, scénaristes, monteurs, assistants sandwichs etc. Nous changeons à tour de rôle quand nous ne nous partageons pas le même poste sur un tournage. Ensuite, nous nous créditons au générique selon les compétences les plus exploitées de chacun (en ce qui me concerne, j'ai quelques préférences pour la mise en scène et la post-production). Sur le plan associatif enfin, je suis le président. Je tape sur la table à la place d'honneur en meuglant des insanités sur nos objectifs propagandistes à atteindre, debout, le doigt tendu vers un tableau démographique et le drapeau de notre logo flottant au vent en toile de fond...

2) Cette asso a pour but de vous "amuser" en amateur, ou vous souhaitez vraiment tenter quelque chose de plus professionnel? Y en a -til parmi vous qui sont intermittents du spectacle? N'est ce pas difficile? On dit souvent qu'il faut monter sur Paris pour réussir à percer ... Tu crois qu'avoir de l'ambition à Lyon, c'est possible?
Oui, cette association a pour but de nous amuser... En se blindant de tunes. Mais la réalité indispose parfois nos plus doux fantasmes, et forcément, la compatibilité des deux n'advient qu'aux grands talentueux. L'association a donc su faire certaines concessions sur ses projets de fiction, films un peu fous, le temps étant venu de gagner sa croûte. Alors les commandes offrent cette double opportunité de récupérer une monnaie qu'on espère réinvestir dans des créations plus personnelles. Forcément...

Pour l'intermittence, oui, il y en a qui le sont, d'autres qui espèrent l'être. Oui, c'est dur, alors on ne se suffit pas de l'intermittence. On vent des prunes en été et du gui en mai.

Pour l'ambition à Lyon, oui, c'est possible d'en avoir, tout comme à Dunkerque. Ou en Palestine... C'est sûr, Paris, c'est mieux. Quoique...

3) Si tu avais tous les moyens dont tu rêves, ton style, tes créations ressembleraient à quoi ... Qu'est ce que tu aimerais aborder (les genres, les procédés, les thèmes....)?
Alors si j'avais à ma disposition tous les moyens du monde, je ne ferais pas de films... je me payerais certainement une place dans le gouvernement obscur d'un régime totalitaire et cramerais mes fesses sur des îles artificielles modelées à mon effigie...
 
Mais si nous restons dans le domaine cinématographique, mon fantasme absolu reste sans nul doute l'adaptation fantastique d'un mélange subtil entre le Mahâbhârata et l'Edda, étalée sur une tétralogie (j'emmerde les Wachowski et Jackson et je loue Wagner), le tout saupoudré formellement de décors façons milkshake Moebius / H.R. Giger, et d'une ambiance initiatique à la Jodorowsky...
 
Mon orgasme n'est pas pour demain...
 
Plus modestement, l'animation à la Svankmajer me rebotte dru. Quant aux genres, l'horreur et la comédie musicale restent l'école de tout.

4) En ce moment tu bosses sur quoi? Quels sont tes projets?
En ce moment ? Tu tombes, à peu de mois près, mal... On termine une longue pause due aux ambitions disparates de chacun (justification d'une flemme par l'emphase), mais on songe sérieusement à se revitaliser par un beau projet qui saluerait triomphalement notre retour. On envisage celui-ci dans une cour un peu plus grande, en espérant jouer les troublions parmi les créas pros nationaux. Ce qui nous ferait un tantinet évoluer en fait...

Alors sur papier, ça ne ressemble pas à grand chose, mais on a découvert récemment le concours organisé par "Les Films faits à la Maison" concernant leur projet de trilogie ; Parallèlement, on s'organise une image rétro 80's pour nous concocter un Press Book original en vu de s’émanciper par de vieilles techniques VRP ; Enfin, Hérik a plusieurs projets d'animation photos qui poussent lentement dans sa tête, et que Davy arrose de temps à autres. Quant à Vincent, il défend corps et âmes sa riche série, par de-là festivals et rendez-vous télés, qu'il a rédigée à quatre mains avec Rémy Souchon, son acolyte burlesque. Sinon, moi, je mâchouille un scénario de film d'horreur avec un ami de McGuffin. Tournage prévu en avril 2008.

5) Il semblerait que votre asso regorge d'idées, de projets mais... je me demande pourquoi ce niveau de flemme? Est ce assimilable à de la démotivation? Ou est ce du à des contraintes particulières, des difficultés à surmonter? Est ce propre à votre structure, ou tu connais d'autres asso qui connaissent les mêmes problématiques? Si tu devais énoncer les épines les plus douloureuses à gérer au sein de FK, ce serait quoi?
Non pas nécessairement assimilable à de la démotivation. Disons que plusieurs facteurs sembleraient nous excuser : Le premier, et pas des moindres, c'est la croûte qu'on cherche à gagner pour subvenir à nos besoins primaires (manger, dormir sous un toit etc.). L'intermittence naissante chez nous, ou encore les petites missions blacks rencontrées de-ci de-là nous suffisent rarement. Alors on cherche l'argent en intérim, en petits boulots divers et variés qui nous pompent du temps... Ensuite, nous sommes à la tête de plusieurs projets épars qui ne nous fédèrent pas trop en ce moment. Enfin, nous sommes prolixe que sous certaines conditions. La plus efficace, la plus expérimentée jusqu'alors reste la précipitation. Une deadline dans 4 jours et on te révolutionne le cinéma ma p'tite mère !

Oui, on connait effectivement d'autres associations dans le même cas de figure. Toutes celles qu'on connait d'ailleurs... Quant aux épines, la plus grosse reste certainement la discipline hors précipitation... Les autres, je ne vois pas.

6) Que penses tu de la création vidéo et du cinéma français/ francophone? Quels artistes apprécies-tu? As tu des liens, des vidéos à nous faire partager ?
La création vidéo francophone excuse bien de la pauvreté plastique au bénéfice de masturbations douteuses (stérilité aiguë...). Même si le théâtre vidéo laisse supposer une matière ultra flexible sur le plan visuel, peu d'entre ces artistes en profite vraiment. La caméra à la portée de tous offre plus souvent du "Plus Belle la Vie" que de l'échantillon de Lucas, la cérébralité franchouillarde en sus... Les gens ont sacrément tendances, inconsciemment sans doute, à s'imaginer des contraintes là où il n'y en a pas, comme si la vidéo française répondait au Dogme danois par un fâcheux penchant pour la facilité esthétique. Mais les aficionados créatifs n'en restent pas muets pour autant...

En courts j'apprécie donc des films comme "L'Homme sans Tête" de Juan Solanas, des p'tites "têtes" d'affiche de festivals comme Annecy, Imagina, puis de l'historique, du canadien Norman McLaren au sage Grimault. En longs, pelliculés, des "Nuit Noire" de Smolders, belle rencontre entre Lynch et les frères Quay, que j'aime aussi d'ailleurs, et dont je voue même un véritable culte à leur modèle, un peu plus à l'est de notre hexagone, Svankmajer... etc, etc...

A faire partager, rien de transcendant. Mais dans le domaine du beau et propre en vidéo, peut-être une pub pour nos confrères de Mac Guffin : http://www.mac-guffin.net/ C'est toujours ça de gagner pour ces braves gens !

7) Parlons maintenant de ton travail, et de ces créations de FK. Est ce que tu pourrais nous causer de l'idiot et le chataigner ?
Je ne sais pas aujourd'hui si j'arriverais à en parler comme avant. Les discours bien mielleux de techniques et anecdotes, d'autoréférences et défis relatifs ont déjà meurtri bien des tympans. Mais toujours est-il que je ne sais pas si je me relancerais dans un film d'animation (quitter le sujet de la question pour mieux en embrasser l'éventuelle suivante, est-ce toléré dans ce genre de questionnaire ?...). Les acteurs, Sébastien Bonnet et Stéphane Szestak en tête, m'ont suggéré à plusieurs reprises de renouveler l'expérience, même si la perspective d'être traité à nouveau comme de simples marionnettes les rend moins enthousiasme qu'ils ne devraient l'être...

A bien y réfléchir, si le tournage ne dure qu'une semaine, à nouveau, que le montage s'organise sous les mains habiles de 20 autres techniciens de l'image (le piège de se lancer seul dans une telle aventure et qu'on y perd facilement 2 ans de sa vie), je m’amuserais certainement avec un nouveau petit film de pixillation, rien que pour goûter au plaisir d'être marteler par les 12 000 "Top" du photographe...

J'ai répondu à coté ?...

8) Tout est relatif, et question de point de vue, alors à côté ou pas ... Tiens d'ailleurs, en parlant d'à côté... Je vais te poser une question à l'envers - rien à voir, je sais mais fallait que je trouve une transition-... alors qu'elle question aimerais tu que je te pose, et bien sur qu'y répondrais-tu ?
Benjamin, crois-tu que ton talent doit plus aux gènes favorables qui t'ont fait si subtil ou plutôt à ce physique hiératique qu'irradie la foule spectatrice ?
 
Je pense que, sans être plus croyant qu'un autre, en ce qui me concerne, Dieu a fait son office...

Qui d'autre ?
Et puis, tu sais, moins j'en fais, plus les rares projets me sortant du crâne paraissent épiphaniques...
C'est un fait.

9) De cette interview, de vos créations, qu'est ce tu aimerais que les lecteurs retiennent de toi, de ton asso ? Et puis tout autre chose: Qu'est ce qui est essentiel à tes yeux aujourd'hui ?
A retenir, l'ambition et la rigueur avec lesquelles on s'efforce de rendre réelles nos folies respectives, favorisent à elles seules l'essor de nos p'tits films. Ceci pour le fond...  

Partir du mot pour venir au tout, sans jamais léser aucun d'entre nous, cela suffit à nous rendre polyvalent. Evoluer à chaque tâche pour que l'oeuvre suivante soit meilleure que celle qui la précède, cela suffit à nous rendre compétitif...

Pour la forme, réellement, nous ne sommes pas plus artistes qu'ouvriers spécialisés. Nous sommes de bons cuisiniers dans un fast food ou votre commande prend davantage les couleurs de ce que vous voulez manger plutôt que du menu. La sauce seule fait la différence. Et on met beaucoup de sauce...

Quant à l'essentiel, il reste là où il est.
Au fond d'un verre de lait...

10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin ?
J'aimerais voir interviewé le mime Marceau... Mais aujourd'hui, c'est impossible, pour une raison de trop...
Mon mot de la fin c'est "Roooooosbuuuuud..."