Benjamin Lacombe
interview finalisée le 08/12/2007

Fonction : Auteur/Illustrateur en jeunesse et bandes dessinées
Site(s) : www.benjaminlacombe.com
Nom ou pseudo : benjamin lacombe
Signification et/ou origine du pseudo :
Date de naissance : 12/07/1982
Localisation : Paris
Signes particuliers : un grain de beauté sur le sourcil
Matos utilisé : Gouache, huiles, crayons, fusains, aquarelles, photoshop
Présentation personnelle : J'aime avant tout susciter une émotion, faire vivre quelque chose sur le papier, la toile ou l'écran.

A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente :Combien me reste t-il de temps?
Une chose insupportable : Une échéance
Une œuvre : Celle de Edgar Allan Poe
Un film : Le tombeau des luciolles de Isao Takahata
Un morceau de musique : The roof de Mariah Carey
Une surprise : Un film pixar
Un personnage de fiction : Edward (d'Eward aux mains d'argent )
Un mythe : James Dean
Un proverbe : je ne serai pas un proverbe
Une phobie :
Décevoir
Un vice : La gourmandise
Un objet inutile :
Une idée récurrente : Me dépasser
Une arme :
La parole
Un cauchemar :.la betise
Un moyen de transport : l'imagination
Un bruit corporel : Un souffle
Un prix Nobel de la paix : Elie Wiesel
Un film porno :
Un tyran :
le ché
Un repas de famille :

Une habitude : La paresse
Une polémique ridicule :
Un investissement :
Une Toile de Lucian Freud
Une œuvre caritative : Amnesty Internationnal
Un mensonge :
J'arrive tout de suite...
Un souvenir : Ma rencontre avec la personne qui partage ma vie...
Un site Internet : wikipedia

Les questions personnalisées :
1) A la question, quelles sont tes inspirations? tu réponds : "Assez multiples en fait. Dans tous les domaines : cinéma, peinture, illustration. Je suis extrêmement ouvert graphiquement, mais c’est vrai que principalement, j’aime beaucoup l’école américaine : Edward Gorey, Tim Burton, Marc Ryden… Chez les Français : Rebecca Dautremer, Pierre Mornet, François Roca… ça c’est pour l’illustration. En peinture, je suis fanatique des primitifs flamands, du XIXe siècle aussi, de la sécession viennoise, de la peinture française… je suis très éclectique dans mes choix. J’aime aussi beaucoup la photo qui m’inspire peut-être plus encore que toute les autres disciplines. Sinon au cinéma, j’aime le cinéma d’auteur et parfois, également, j’aime un cinéma plus ouvert avec plus d’effets visuels."J'aurais envie de te demander quels sont tes derniers coups de cœurs, les dernières claques, même ces œuvres datent, qu'as-tu récemment découvert qui t'as vraiment scotché?

Pour la claque, je reviens du Tate à Londres, ou il y a une expo sur Millais, et c'est vrai que j'ai pris une sacré gifle. Bien sur je connaissais Millais, mais voir les peintures originales, se retrouver face a ces grands formats c'est vraiment impressionnant!. Et je ne connaissais par ailleurs pas du tout son travail d'illustrateur, et c'était pourtant un sacré illustrateur!

J'ai aussi beaucoup aimé le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, un film magnifique et fort. Un conte pour adulte, visuellement très riche, presque baroque! Tout a fait le type de film que j'aimerai faire, si j'avais à ma disposition un budget Hollywoodien!

2) Le labyrinthe de Pan... une histoire, des contes, une fillette malmenée qui baigne dans un cocon famillial des plus glacial... Il semblerait que les univers teintés "Burtonien" qui lient enfance et noirceur te colent à la peau. Tu pourrais expliquer qu'est ce qui te pousses vers ses univers?

Ce ne sont pas des thèmes uniquement Burtonien, la filiation est plus vaste que ça. C'est un courant de pensée qui remonte au 19ème siècle voire même au gothique. J'ai toujours eu cette mélancolie dans mon travail et j'ai toujours moi même été dans le doute, jusqu'à parfois basculer dans une profonde mélancolie, et ceci depuis l'enfance. Depuis tout petit je me suis toujours senti différent et j'en ai ressenti comme une forme de rejet... C'est extrêmement ambivalent car en même temps je passe pour quelqu'un ayant un contact facile, à l'aise en société... Cette unité dans mon travail vient peut être de là. Tous mes personnages sont : Un peu différents (ou bien se ressentent comme un peu différents), et ont quelque part du mal à s'insérer/se fondre dans le moule de notre société.

3) Est ce que tu pourrais nous parler de l'expo "même pas peur"?

C'est une expo itinérante organisée par Jeanne Robillard ( www.jeannerobillard.com). Cette expo est autour d'un thème récurrent dans mon travail en jeunesse : la peur. Elle est composée d'originaux issus de 2 de mes livres La funeste nuit d'Ernest (ed sarbacane) et Barbe Bleue (ed  tourbillon) ainsi que de Mary et Anny (qui ont fait la couverture d'un cahier pour la marelle édition). Dans l'expo on trouve aussi des cadres avec des croquis, les dessous de la création d'un album, les sources et toutes les références ( Bela lugosi, Tim Burton, Edward Gorey).

L'expo se déplacera dans de nombreuses villes et commencera par la Cité du livre d'Aix en provence ou une très belle scénographie sera mise en place (scénographie réalisée par Marion Dussaussois de l'atelier Dodeskaden). C'est une belle expérience car il est rare d'avoir un aussi grand lieu et une aussi belle manifestation pour une expo, le lieu de l'expo (la cité du livre d'aix en provence) fait 350m2, et j'ai pu participé à la scénographie, je me suis aussi chargé de tout le graphisme des plaquettes et aussi de l'affiche de l'expo. Bref, une très belle expérience.


4) Les dessous de la création d'un album ... Avec j'imagine tout un tas d'anecdotes à se mettre sous la dent! En parlant de ces références, ... Sur cette image figure une peluche de Totoro, fameux personnage de Miyazaki, pourquoi ce clin d'oeil?

Ce livre la Funeste nuit d'Ernest fourmille de clins d'oeil et de références. Il y a cette peluche de Totoro, une de Jack skelington (l'étrange noël), les pieds de Victoria (Noces Funèbres), (Monstres et compagnies). Et dans le cimetière on peut croiser pèle mèle: Edward Gorey, Charles Dickens, Edgar Allan Poe, Bela Lugosi, etc... Bref j'ai mis tout ceux que j'aime, ces choses, ces gens qui me constitue et qui constitue l'univers d'Ernest.

5) Outre cette expo itinérante, ... d'autres actualités, peut être ? Sur quoi travailles tu en ce moment? Quels sont tes projets à court, moyen, et long termes?

Une exposition sur les chiens dans mes images ( car j'en mets dans tous mes projets, en particulier mon chien virgile) devrait avoir lieu en mars 2008, elle sera itinérante.

En mars 2008 sortira au seuil l'Enfant silence sur un texte de Cécile Roumiguière. C'est un livre particulier sur le thème de l'enfance battue mais traité de manière totalement onirique (tant dans le texte que dans l'image). J'ai vraiment totalement changé ma façon d'illustrer: Ici les images ne sont pas narratives, il n'y a aucun espace (car nous somme dans l'univers intérieur de cette petite, quasi autiste). J'ai voulu faire ressentir plutôt qu'illustrer ou montrer.

A la rentrée 2008 devrait sortir chez soleil la bande dessinée sur laquelle je travaille avec Balac (c'est le scénariste Yann qui a repris son pseudo sambrien), qui s'intitule Whaligoë et qui est une bande dessinée romantique à l'univers littéraire et tourmenté. C'est un rêve qui devient réalité que de collaborer avec Yann, qui m'a réellement écrit le scénario que j'aurais rêvé d'écrire... Voici des planches ...

Pour noël 2008 je planche sur un gros livre assez exceptionnel pour le seuil avec un scénario que j'écris avec Sébastien Perez (avec qui j'ai fait la Funeste nuit d'Ernest et Destins de Chiens) mais dont je ne veux pas parler tout de suite...

Je participe aussi à une expo collective " carte blanche" à la galerie Jeanne Robillard ( 11 rue Bichat - 75010 Paris ) à partir du 15 décembre...

Et puis quelques couvertures de roman (pour le seuil et Milan) et pleins de chouettes projets pour 2009!

6) "Je commence toujours par le texte, par l’idée, par ce que je veux évoquer : Les thématiques. En général, je me réfère toujours à ma vie personnelle, il y a toujours des éléments de ma vie dans ce que j’écris. Par exemple, mon chien est omniprésent. Donc voilà, le thème, le texte, viennent ensuite les images…" Et si tu avais eu un chat? ... Qu'est ce qui t'interesse dans ce -si je puis dire- personnage , dans le dessin de cet animal qu'est dit-on le meilleur ami de l'homme?

J'aime vraiment tous les animaux, mais il est vrai que les chiens tiennent un place particulière dans mon coeur. C'est vraiment un animal formidable qui effectivement au fil des siècles s'est parfaitement adapté à l'homme. Mon chien, Virgile, fait vraiment partie de ma vie, j'ai beaucoup de mal à imaginer sa disparition... Peut être qu'en le dessinant je l'immortalise.... Enfin, j'aime mon chien! Et puis graphiquement le shar-peï est vraiment fascinant a dessiner : tous ces plis, cette truffe incroyable, c'est simple il fait craquer tous le monde ! Virgile est vraiment un chien fait pour être admiré (et il le sait!!)

7) Comment te places-tu dans la "BD" française, l' "illustration française"? Que penses-tu de cette culture française? Quels sont ceux que tu lis, apprécient, ceux qui t'influencent? Et question qui découle de tout ça, penses tu qu'il y a des points faibles dans ces genres? Quels sont -ils?

Je ne sais pas trop, je dois dire que j'aime des illustrateurs et des auteurs BD de tous horizons ( français , américains, japonnais). Je pense que nous avons une très belle diversité de production en France que ce soit en bandes dessinée, comme en illustration, nous avons une des productions les plus riches et variées au monde. Donc j'aime plutôt le marché français pour cela. Lorsque je voyage et que je vais dans les librairies, je tombe toujours bien sûr sur des merveilles mais je suis toujours étonné de voir à quel point il y a moins de choix, à quel point les choses sont plus formatées: La bande dessinée est une industrie avec des équipes au Japon et aux Etats unis, avec des actionnaires qui décident de lancer des séries presque après avoir fait une étude de marché (sauf bien entendu, le genre que j'affectionne le plus, à savoir les graphics novels). Ce type de procédé commence à arriver en France avec les séries à dessinateurs multiples, qui surfent sur des courants et qui ont été amorcées par des éditeurs (et puis aussi les séries de licences)  mais ce sont encore des cas isolés la majorité de la production est vraiment le fruit d'un travail artisanal et un peu archaïque, et j'aime ça. Le revers de la médaille est évidement la lenteur de production qui en découle et qui est à l'inverse de notre société de consommation sans cesse à la recherche de nouveautés.

Pour ce qui est des auteurs français que j'affectionne particulièrement et qui m'ont un peu constitué, il y a:  Loisel, bien sûr tout est sublime chez lui : narration dessins, puissance, encrage, couleur. J'aime aussi l'exigence et l'intelligence de Bourgeon, j'aime la splendeur du dessin de Yslaire, je suis fanatique du dessin De Crecy, de sa virtuosité. J'aime l'incroyable synthèse et le génie de la narration de Frederik Peeters. J'aime la délicatesse de Vicomte, la beauté et la puissance du dessin de Guarnido, l'absolue virtuosité de Boucq, la grâce de Jacobs... Et tant d'autres bien sur (Bilal, Wendling, Mallié, Barbucci/Canepa, Pedrosa, Plessix, Blain, etc.)... Et tant d'autres que j'oublies, et surtout tant d'autres d'autres pays!!!

8) Penses-tu que la vie des illustrateurs en France serait peut être en péril question créativité? Comment cela se passe pour toi? Qu'est ce qui, a tes yeux, est le plus difficile dans cette vie, dans ce travail?

Je ne pense pas que la vie des illustrateur soit en péril question créativité, bien au contraire. Je pense qu'on a jamais eu de période avec autant de courants, styles, rendus, innovations... Cela est sans doute du à la multiplication des supports (papier, numérique, vidéo, etc...) et des possibilités d'impressions et de diffusions.  En tout cas le paysage français (et mondial)  est a mes yeux plus riche que jamais.

Les difficultés principales dans ce travail sont pour moi : d'affronter l'isolement dans lequel il peut me mettre. C'est un métier que l'on fait seul chez soi, il peut m'arriver en période de charrette de ne croiser personne pendant plusieurs semaines. C'est aussi gérer le stress généré par les retards et les délais des projets. Concernant la bd c'est arriver à garder toute sa motivation et sa fraicheur malgrès le marathon que représente la réalisation d'une bande dessinée. Ce sont vraiment les seules choses assez difficiles à vivre pour moi dans mon travail.

9) Attention, voilà une question vache. A tes yeux, quels sont tes pricipaux defauts en tant qu'illustrateur ? Et par extension, à tes yeux quelles sont les qualités principales pour être un illustrateur de talent?

Oh des défauts, pleins comme tout le monde... Je crois que c'est aussi par nos défauts qu'on forge le style, il faut faire de ses faiblesses des qualités. Je crois que c'est ça un bon illustrateur, c'est quelqu'un qui va savoir trouver le bon angle face a un sujet, a ce qui veux dire, raconter ou transmettre. Je suis par exemple bien plus impressionné par les couvertures d'Art Spiegelman pour le New Yorker ( qui ne sont pourtant pas techniquement impressionnantes) que par certaines autres couvertures de ce magazine, plus virtuoses techniquement. Bien entendu plus ont maitrise la technique, plus il est facile de transmettre son idée. La maitrise technique a donc son importance aussi. Enfin, je pense que beaucoup de sensibilité et un regard aiguisé sont aussi deux qualités importantes à mes yeux pour être un bon illustrateur.

10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin ?

Justine Brax ( http://justinebrax.ultra-book.com/ )une amie illustratrice qui adore répondre au questionnaire chinois "si tu étais.."

Pour finir un grand merci a toi !

 

Sources : Interview , ...