Arthur De Pins
interview réalisée le 11/05/2009
Fonction : Dessinateur Réalisateur
Site(s) : www.arthurdepins.com
Nom ou pseudo : Arthur de Pins
Signification et/ou origine du pseudo : il faut poser la question à mes parents
Date de naissance : 22/09/1977
Localisation : Paris
Signes particuliers : Parle souvent tout seul
Matos utilisé : Illustrator 9, Wacom
Présentation personnelle : Je suis illustrateur BD, presse et pub et rêve de réaliser un long-métrage (j'ai déja préparé mon discours pour Cannes)
A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : L'univers a-t-il une fin ?
Une chose insupportable : les gens qui disent encore "dans ton cul"
Une œuvre : celle de Stefan Sweig
Un film : Rencontres du 3e type
Un morceau de musique : "What U gonna do" - Jim Noir
Une surprise : un sms bien hot de quelqu'un qui s'est gourré de numéro
Un personnage de fiction : Hulk
Un mythe : Le chinois qui s'est tenu debout devant des chars place Tiananmen
Un proverbe : "Les conseils ne font plaisir qu'à ceux qui les donnent"
Une phobie : Les chiens (enfin c'est pas une phobie, c'est juste que j'aime pas ça)
Un vice : la cigarette
Un objet inutile : la cigarette
Une idée récurrente : partir très loin
Une arme : la naïveté désarmante
Un cauchemar : ma compta
Un moyen de transport : Les pieds (après l'abandon de la moto)
Un bruit corporel : Bon, j'imagine que tout le monde dit "atchoum" ou "rzzzz" alors comme mon idole de Tiannanmen, je vais faire preuve de courage et dire "prout"
Un prix Nobel de la paix : Mickael Jackson (non, il ne l'a pas eu, mais il m'a bien fait marrer le jour où il a postulé)
Un film porno : "C'est à prendre où à Lécher"
Un tyran : Celui joué par Bob Geldof dans "The Wall"
Un repas de famille : celui de Festen (non, ma famille n'est pas comme ça. C'est juste que je trouve le film très bon)
Une habitude : Arriver avec 5 minutes d'avance, même en soirée (et se taper de tartiner les petits fours)
Une polémique ridicule : "Faut-il représenter Mr Hulot avec sa pipe malgré la loi Evin ?"
Un investissement : la BD, depuis 4 ans
Une œuvre caritative : Toutes les oeuvres méritent qu'on donne de la thune, sauf les accordéonistes dans le métro qui jouent "le beau danube bleu".
Un mensonge : "On s'rappelle, on s'fait une bouffe"
Un souvenir : Quand j'avais 15 ans, une fille qui venait de se prendre une main aux fesses m'a collé une gifle par erreur. Le pire c'est que j'ai dit "c'est pas grave".
Un site Internet : www.sexactu.com de l'excellente Maïa Mazaurette
Les questions personnalisées :
1) Tes repas de famille ne sont pas semblables à "Festen", ... Je serais tenté de dire, heureusement pour toi! Dis moi ...Tu évoques "je rêve de réaliser un long-métrage", ce serait dans la trempe de Festen, ou rien à voir ?
Pas exactement, mais dans mon projet de long-métrage, il y a une certaine noirceur. Il s'agit de l'adaptation d'un court-métrage réalisé il y a 5 ans : "La Révolution des Crabes" et je viens à peine de terminer le développement (scénario, stroy-board, dialogues, bible graphique... et un teaser qui sera bientôt visible sur le net). C'est une tragédie animalière sur fond de Darwinisme avec pour décor une station balnéaire de Charente-Maritime. Pour résumer, je dirais que c'est "le monde de Nemo" version Dogma.

2) Bientôt visible... c'est dans quelques jours? semaines? ... Dans une interview tu dis à propos de tes inspirations (pour le taf sur Péchés mignons, ....) : " Généralement la base des histoires est vécue, puis le déroulement et la fin sont inventés. Pour le reste, l'inspiration provient d'une oreille que je laisse traîner en écoutant les conversations entre filles. Trois copines (sur les 6 scénaristes) ont d'ailleurs signé certains des scénarios et contre toute attente, ce sont les filles qui ont pondu les histoires les plus trash !". Pour "La Révolution des Crabes" c'est aussi inspiré d'anecdotes piochées par tes chers tympans?
Ah non, pas vraiment, je fais plutôt appel à mes souvenirs. Ici, la partie "vécue" ne concerne que le lieu du récit : la plage du Pigeonnier à Royan, au bord de l'estuaire de la Gironde. J'y ai passé tous mes été étant petit et y reste très attaché. Toutefois, un mystère demeure : Pourquoi cette station balnéaire si moche, avec une eau où on ne voit pas ses pieds attire autant de vacanciers ? En tout cas, c'est un théâtre parfait pour mon histoire.
3) Ca me fait penser à cette citation de Pierre Desproges qui n'a absolument rien à voir d'ailleurs (mais qui pour moi coule de source) "Et puis nos coutumes divergent, et divergent c'est énorme." Mais tout ça pour dire que tu ne m'as pas répondu au début de ma question.... Bientôt visible... c'est dans quelques jours? semaines? ... :D
Oups, oui pardon ! Je pense que ce n'est plus en année qu'en semaines qu'il faut compter. Un long-métrage d'animation met entre 3 et 7 ans à se faire. Là, mon associé et moi en sommes à la phase "rendez-vous pour trouver des co-producteurs (et des sioux)", donc à faire des ronds-de-jambe dans les festivals. Effectivement, ta citation de Desproges n'a rien à voir, chère Miss. Mais tu as réussi à placer le mot "verge" dix fois, j'aurais pas fait mieux.
4) Ah ah ! J'adore ton "bientôt visible" et " Je pense que ce n'est plus en année qu'en semaines qu'il faut compter" tout est une question de relativité en somme! Et si je puis me permettre faites attention jeune homme, je pourrais aussi lancer un défi, et dire le mot verge dans toutes les prochaines questions! Bon revenons à nos moutons... Plus sérieusement, dans une autre interview tu évoquais des animations que tu apprécies " Mind Game de Robin Nishi (animation) Niveau animation et réalisation, ça a 20 ans d'avance ; c'est une claque visuelle, le rythme est hallucinant et en plus il y a un vrai fond avec un petit message sur la lutte contre la fatalité. Non vraiment c'est un pur film !!! J'ai vu Persepolis récemment et c'est vachement bien aussi." Finalement dans tous ces noms: Dogma, Festen, Persepolis, Mind Game, Nemo... Y a t-il un fil conducteur? Ton univers cinématographique se déploie dans quels genres? Et un film qui fonctionne à tes yeux doit avoir quels ingrédients?
Oui ces films n'ont à priori rien en commun et après tout, qui n'écoute qu'un seul type de musique ? Les avis divergent sur la plupart de ces films mais ils sonnent justes et sont habités par le tragique et le comique à la fois. Pas besoin d'attendre d'être un sexagénaire concupiscent pour suçer la sève chattoyante de la richesse du cinema.
Bon, j'ai placé "verge", "bite", "sexe", "con", "cul", "suçer", "chatte". Je t'ai battu, là, non ?

5) Mouarf ! Bon j'abdique. (ah! ah! anglophone mode)
On retrouve tes illustrations sur toute les couvertures des petits guides sexuels "Osez" de la maison d'éditon La Musardine. Comment est arrivée cette collaboration? Et que penses tu de ces ouvrages? A quand une version animée?
La Musardine, qui publie les "Osez..." est mon premier client après mon arrivée à l'agence Illustrissimo. Autant dire qu'avoir d'entrée de jeu des couvertures érotiques dans son book colle une étiquette d'"illustrateur de pin-up" pour un bout de temps. Mais même si je tente de me diversifier et de laisser de côté l'érotisme, je reste toutefois fidèle à la Musardine. Parceque la collaboration se passe très bien (j'ai réalisé le faire part de mariage de la responsable éditoriale) et parceque la collection "Osez..." a trouvé un public. concernant les bouquins eux-mêmes, je suis plus attaché à l'objet qu'au contenu. Les guides "Osez..." sont d'ailleurs plus achetés pour être offerts en cadeau (enterrements de vie de jeune fille, st-valentin...) que pour être lus. Les meilleurs ventes concernent d'ailleurs les sujets "abordables" (fellation, massage, sextoys). Pour ma part, je préfère les tomes plus "hardcore" (S.M, Echangisme, bissexualité, porno...) car c'est ceux où l'on apprend des choses...
L'éditeur réfléchit à une version animée mais mon expérience dans le domaine de l'animation me fait douter des chances de voir cela un jour. Cela fait 4 ans qu'une amie et moi avons un projet de série pour Adultes (avec des personnages type Péchés Mignons) et le producteur n'a jamais pu le vendre à une chaîne de télé. Produire une série animée coûte très cher et les chaînes sont assez frileuses en matière d'érotisme.
6) Dans tes créa, t'arrive t-il de t'auto censurer? ou pas?
A fond ! Et peut-être trop d'ailleurs.
Il y a une certaine auto-censure qui est une sorte de déformation professionnelle provenant de l'animation ou de l'illustration de pub. Ces deux milieux sont tellement victimes du politiquement correct que l'on acquiert des réflexes débiles dont il est dur de se défaire (Est-ce que ça va vexer des gens si je dis ça ? Est-ce que je vais me faire traiter de macho ?...)
D'autre part, sur un plan artistique, je fais gaffe à ne jamais dépasser une certaine ligne rouge, surtout en matière d'érotisme, pour ne pas tomber dans le gravelleux. Par exemple, dans Péchés Mignons, je ne dessine jamais de sexe en érection ni de pénétration. Ce n'est pas de la pudibonderie (j'adore Vuillemin, par exemple), c'est plutôt pour rester cohérent avec mon style en général.
Enfin, sur un plan plus personnel, j'ai toujours eu du mal à communiquer mes émotions, à enfonçer les portes, à dire mes 4 vérités aux gens. Dans mon travail c'est pareil: Je suis plus flegmatique que fougueux (pour reprendre les termes de la querelle entre peintre romantiques et néo-classiques au XIXe). Mais de toutes façons, je me dit que quelque soit la manière, ma personnalité ressort toujours, même de manière détournée. Ainsi, mon court-métrage "La révolution des crabes" parle d'un certain comportement du milieu où j'ai grandi, même si je n'irai jamais faire dire aux gens en face "vous êtes tous des cons"

7) Toujours dans cette même interview tu évoquais des artistes qui t'ont influencé directement : "Alors pour l'illustration, je dois obligatoirement citer le travail de Monsieur Z qui m'a fait découvrir illustrator. Ce dernier m'a aussi pas mal conseillé au début (on est dans la même agence). A part ça, il y a aussi Fafi, Colonel Moutarde, Jordi Labanda... Pour l'animation, il y en a beaucoup. Aux Arts-Décos, il y avait nos aînés, comme Sébastien Laudenbach ou Marie Paccou qui nous ont ouvert la voie des courts métrages sensibles et autobiographique. Ensuite, sont sortis au ciné Les Triplettes, Kirikou, Interstella... Ce qui prouve qu'en France on peut désormais réaliser un long métrage d'anim d'auteur et ça c'est super encourageant !" Je me demandais si dans ta palette d'influences tu avais aussi des artistes érotiques, ou liés au courant "porn art", voire engagés ou disons plutôt qui ne connaissent pas l'auto censure? C'est quoi ta derniére claque (tous genres artistiques confondus)?
Alors pour les artistes érotiques, non, je n'ai pas vraiment d'influence de ce côté-là. De toutes façons, tous les artistes cités plus bas ont tous tapé plus ou moins dans l'érotisme... et les auteurs estampillés érotiques ont tous d'autres cordes à leur arc. Citons, par exemple, Axterdam, qui travaille comme moi pour la Musardine en tant qu'illustrateur de charme, et qui fait par ailleurs des aquarelles pas du tout érotiques qui sont carrément bluffantes.
Ma dernière grande claque en matière de BD érotique était Ripple de Dave Cooper. Alors lui, pour le coup, il ne connaît pas l'auto-censure. En plus, il parvient à emmener le lecteur dans son trip, à nous plonger dans ses fantasmes et sa perversion...en compagnie d'une fille grosse et laide ! J'aimerais bien être aussi débridé et avoir le talent de pondre un truc pareil un jour !
8) Tout autre chose, je ne sais pas si tu sais, mais la communauté leclubdesrondes.com encense pas mal ton travail, car tu réalises des femmes pulpeuses. Alors, partit pris ou pas?
Oui, je suis au courant. Je re çois aussi pas mal de mails de femmes qui me remercient "de dessiner des rondes parceque ça décomplexe". Bon, ça me touche beaucoup. Mais ce n'est pour moi qu'une manière de représenter la féminité. Ca ne veut pas dire que mes goûts personnels sont tournés vers les femmes charnues (ce que ne veut pas dire que je préfère les squelettes non plus). Bref, ça me dépasse un peu ce truc...

9) Avant de finir, j'aimerais te demander deux petites choses, déjà peut être quels sont tes projets à court, moyen, et long termes? Puisqu'on a évoqué l'adaptation d'un court-métrage, mais y a t-il d'autres choses?
Alors hormis mon projet de long-métrage, je travaille en ce moment sur un album chez Dupuis, Zombillénium, qui sortira fin 2009 (et qui est déja pré-publié dans Spirou). C'est une histoire de monstres qui travaillent dans un parc d'attractions. Il y a des vampires, des zombies, des loups-garous... Je m'éclate parceque justement ça me change de l'univers "rose" auquel je suis habitué. à plus court terme, se tient en ce moment une expo dont je partage l'affiche avec Monsieur Z à la garlerie Arludik, rue St-Louis-en-l'île à Paris, jusqu'à fin juin.
Et puis j'aime assez laisser libre les personnes que j'interviewe, alors sois fou! Racontes nous tout ce dont tu as envie. Laches toi!
J'adore la Belgique ! Je travaille de plus en plus avec des belges et ai beaucoup d'occasions d'aller à Bruxelles. C'est un vrai bonheur à chaque fois !
10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin ?
Eh bien pourquoi pas Maïa Mazaurette, la scénariste avec qui je bosse chez Fluide ! Attention, c'est une plume redoutable ! Tu as intérêt à avoir de la répartie. (www.sexactu.com)
Merci chère miss, pour cet interview !



