Lylian
interview réalisée le 12/04/2009


Fonction : Conteur de folies ordinaires.
Site(s) : http://lylian-k.over-blog.com
Nom ou pseudo : Lylian Klépakowsky dit Lylian K
Signification et/ou origine du pseudo : Masculinisation du prénom d’une amie professeur de français et vrai nom de mon grand père polonais.
Date de naissance : 12 Avril 1975. 11h du matin.
Localisation : Bordeaux
Signes particuliers : Cicatrices au cœur, Vision des auras.
Matos utilisé : Cerveau, sensibilité, stylo.
Présentation personnelle : Mystique pragmatique à la recherche du lotus d’or.

A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : Pourquoi ?
Une chose insupportable : La pertinence du propos.
Une œuvre : Une aurore boréale.
Un film :
2001
Un morceau de musique : « Lights » de Archive.
Une surprise : La Bombe H
Un personnage de fiction : Blade Runner.
Un mythe : Je suis un mythe.
Un proverbe :
La lâcheté des uns oblige les autres à l’action.
Une phobie : La Mort.
Un vice : La luxure.
Un objet inutile : Un Boomerang qui ne revient pas.
Une idée récurrente : Faire l’amour.
Une arme :
Un couteau étincelant de vérité.
Un cauchemar :
Le votre.
Un moyen de transport :
Un hovercraft.
Un bruit corporel : Le déchirement de la chair.
Un prix Nobel de la paix : Lesch Walesa
Un film porno :
Dancer in the Dark.
Un tyran :
Stanley Kubrick.
Un repas de famille :
Une tournée de crêpes.
Une habitude : Le soleil levant.
Une polémique ridicule : Lumière éteinte ou allumée ?
Un investissement :
Environ 30%
Une œuvre caritative : L’intelligence.
Un mensonge :
Dieu.
Un souvenir : Une cave obscure.
Un site Internet : http://www.vtff.com

Les questions personnalisées :

1) Ton quotidien, c'est plutôt quoi ?
J'ai un quotidien très enchanteur, très rêvé où le hasard à la place que je veux bien lui laisser. Je me lève entre 8h30 et 9h et me prépare bien car je sais que je vais rester éveillé entre 16 et 18 heures consécutives. En premier, je regarde le planning des travaux à réaliser dans la journée et je m'y mets. Je sélectionne une bande originale de film, musique qui va m'accompagner toute la matinée.
Niveau travail, cela va du bullage/lettrage d'album, de l'écriture pure de scénario en passant par un rdv de travail, cela dépend des priorités de la journée. Ensuite, je me laisse 1 heure pour manger. En général, j'en profite pour quitter mon fauteuil de ministre. J'essaie de retrouver un ou une camarade avec qui je partage de futurs projets et nous en profitons pour faire le point ensemble. Je garde toujours avec moi un petit carnet qui compilera mes idées du moment.
De retour, je reprends mes travaux par ordre de priorité et je m'y colle toute la journée. Un nouvel album de musique accompagne souvent toute ma journée. Quand arrive le soir, je vais dans le cinéma de centre ville pour y travailler un bon moment.
Une fois rentré, je reprends mes mails et je me consacre le début de la nuit aux nouvelles idées d'histoires et de scénarii qui me sont venues et pour lesquelles je vais lancer un projet dans un futur proche. Quand je suis vide de tout ce que mon esprit avait à donner, je fais mon plan pour la journée suivante. Pour terminer, je lis un chapitre d'un livre ou je regarde un film. Il est en général entre 2 et 3 heures du matin. Cela semble très technique comme journée et ça l'est tout à fait. Ce cadre d'action me permet de savoir ce qu'il faut faire sans que je me pose de questions. Ainsi je peux me laisser naviguer dans mon imaginaire et chercher de nouvelles idées pour mes prochains projets.

 

2) Pourrais tu me dire ce qu'est un scénario " idéal" pour toi ?
Un scénario est un plan, une gigantesque toile qui relie tous les éléments d'une histoire. Si la toile est bien tissée, que les événements qui se déroulent sous nos yeux nous sont montrés avec finesse et nous font participer à l'émotion qu'ils essaient de créer, nous sommes là en présence d'un bon scénario. Mais que serait un super plan si l'édifice que nous voulons édifier est bancal ?
L'histoire est l'édifice final, tout doit être à son service, le scénario peut parfois compenser certaines faiblesses de l'histoire, il ne peut en aucun cas le remplacer sans flirter avec la médiocrité. Une histoire nulle reste nulle même si elle est bien racontée, de même qu'une très belle histoire peut devenir nulle si elle est mal racontée, c'est tout le défi du métier de scénariste.

3) Il y a deux questions qui me viennent à l'esprit. Pourrais tu me donner des noms de scénaristes dont tu apprécies particulièrement le travail? Et, peut être une œuvre ou tu trouves que le scénario est vraiment étonnant ? Qu'est ce qui te surprends ? Ensuite, je me pose la question de la part de la création en tant qu'illustrateur dans une BD. Comment s'opère le duo de création scénariste- illustrateur?
Ha. Mais ça fait 4 questions tout ça ! Pour ne citer qu'eux, Jean Van hamme, Charlier, Greg, Alejandro Jodorowsky, Alan Ball, Alan Moore, Comès, Miyazaki, Moebius et tous les autres. Pour un scénario étonnant, prenez celui de la Montagne Sacrée, un film de Jodorowsky, votre cerveau va prendre un coup !

Beaucoup d'oeuvres utilisent des procédés narratifs similaires, ce qui peut vous étonner alors est le traitement appliqué, la finesse du scénariste à explorer des pistes de manière personnelle. Ce qui fait le sel d'une oeuvre, c'est comment un scénariste va la saupoudrer de son expérience, de sa radicalité, de sa force ou de ses faiblesses. C'est ainsi que je travaille, en personnalisant le propos sans qu'il devienne mon simple avis sur la question que soulève l'oeuvre. Etre scénariste, c'est faire jouer virtuellement avec des ressorts psychologiques et humains tout à fait réels. J'apprends tous les jours et plus j'ai d'expériences diverses, plus mes scénarii sont fouillés et intéressants de mon point de vue.

Ah ! Très bonne question. Le duo scénariste/illustrateur est, dans ma méthode de travail en tous cas, une relation de couple. En tant que scénariste, je suis à l'écoute des aspirations du dessinateur ou de la dessinatrice avec qui je travaille. Les éléments à prendre en compte sont innombrables et souvent secrets, dans le sens où nous ne les nommons pas tous. En tant que scénariste, je dois trouver mon compte sur ce que va être l'histoire, qu'elle soit dans les thèmes qui m'intéressent et en accord avec la facture, le style du dessin et du traitement narratif. Quand je rencontre une personne qui dessine et qu'une collaboration est envisagée, j'aime prendre mon temps avant de proposer une histoire. J'ai besoin de connaître celui ou celle qui sera mon allié(e) dans ce long travail qu'est la création d'une oeuvre. Dans cette phase, je rencontre plusieurs fois la personne, je regarde comment elle parle, comment elle s'habille, je scrute ses rêves, ses envies, ses aspirations. Ensuite, je pars dans mon coin et je travaille sur une histoire globale que je propose, un jour lointain parfois, quand j'ai enfin tout dans la tête. Commence entre nous alors un très jouissif jeu de ping-pong qui consiste à travailler sur les idées de chacun sur le sujet principal. Je compare la relation à un couple car il faut un véritable échange, sans heurts d'ego ou d'appropriation personnelle, pour parvenir à une oeuvre alchimique, qui comprendra les meilleures et les plus belles idées de chacun. Nous faisons ce chemin sur l'histoire ensemble ; ensuite, je pars dans mon coin écrire le scénario, qui est la partie technique du récit, celle qui m'est propre en tant que scénariste. C'est lors de cette phase que j'organise les idées, les rythme, les mets en scène et que j'ajoute ma personnal touch'. Ensuite, j'abandonne le scénario au dessinateur qui se livre à un travail d'appropriation graphique du texte et en sort une version brouillon, souvent appelée story-board.

Quand je vois ce que ça donne, je "vis" alors émotionnellement mes pages pour la première fois, je vois enfin l'effet qu'elles vont donner au lecteur. Si j'ai bien fait mon travail et que le dessinateur à trouvé l'esprit que mon texte doit faire ressentir, je le laisse travailler ses planches. Et là c'est la magie du talent et du dessin qui opère. Au final, c'est comme si nous avions élevé l'album ensemble, chacun d'entre nous donnant le meilleur de ce que nous sommes.

4) Tu parles de couple, justement dans tes albums il est souvent question de duo ...? Pourquoi ce choix ?
Le couple est une galaxie infinie de possibles organiques et émotionnels que j'aime à explorer sous tous les angles. Le duo, quelle que soit sa forme d'ailleurs est aussi une manière de faire d'un couple les héros égaux d'une histoire. Dans mes histoires, je mets un point d'honneur à ce que les personnages féminins soient tout aussi traités que les masculins. Cela vient de mon éducation ! J'ai toujours été entouré de femmes. Alors je continue dans mes histoires à les honorer à ma manière.
Pour ce qui est des couples dans les albums.
Dans L'Eveil du Kurran, nous mettions en avant la relation maître/élève dans un duo composé d'une femme mystique et d'un apprenti. Toute la force de cette histoire a été de faire de l'apprenti un petit garçon un peu trop orgueilleux. Il ne connaît pas encore la voie qu'il emprunte et doit écouter les conseils de son maître qui est une femme et qui possède sur lui, des connaissances, des forces, des puissances qu'il ne comprendra peut être jamais en tant qu'homme. J'aime à croire que les hommes et les femmes sont complémentaires sur certains points.

Dans Mina Loween, nous avons tout de suite donné à Mina un alter ego fantôme, un petit garnement de son âge qui n'a pas grandi depuis plus de 300 ans. De cette manière, nous formons là un couple improbable, qui saura gérer toutes les situations, des plus terre à terre aux plus farfelues.

Dans Lohris des Dawnhills, ma vision du duo a été motivée par mon désir de donner au personnage principal une petite soeur dont il est le protecteur. Rozène et Lohris forment un couple parfait mais symbolique. Ces deux êtres sont faits l'un pour l'autre, ils se comprennent et s'aiment plus que tout mais leur union est impossible et ils le savent. C'est ce qui rend leur relation si forte. Le fantasme peut être un fantôme si présent parfois.

Dans Shin, je suis moins tendre avec le duo que j'ai créé puisqu'au départ c'est un vrai couple que je détruis volontairement. Cela m'est venu après ma dernière séparation. J'ai décidé d'exorciser tout ce que j'avais pu vivre au travers des deux personnages. Je les torture, les violente, afin de voir leurs réactions autant individuellement que dans le cadre des relations de couple.

Au final, des duos, des couples, j'en mets dès que la dramatique me le permet car telle est ma recherche personnelle. J'adore former des duos, avec un ou une amie, un ou une collaboratrice. Il me semble que se rapprocher jusqu'à entrevoir le coeur de l'autre est de ce qu'il y a de plus beau dans la vie humaine. Je suis trop sensible pour passer à coté de tous ces ressentis qui peuvent naître d'une belle relation vivante
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5) C'est rare d'avoir quelqu'un qui développe autant les réponses à mes questions ... Alors j'aurais envie là, de te donner carte blanche. Tu sembles apprécier "donner", alors vas y ... dis nous ce que tu as envie de dire ...
Un texte que j'ai écris il y a quelques années.
 
"Intolérance matinale.
Qu'est ce qui fait de moi une chair sensible ?
Depuis tout petit, je comprends les choses telles qu'elles arrivent. Je lis les lignes cachées d'autrui comme je contemple les pages noircies d'un livre ouvert.
La lecture est souvent complexe, le sujet toujours simple.
La meilleure réponse à un problème que l'on vous pose est encore ce silence cristallin qui repose les choses originelles: pourquoi me pose-t-on ce problème?
C'est ce qu'on appelle le jeu des miroirs. Ceux qui se sentent mal cherchent à déstabiliser ceux qui semblent aller bien, c'est pour eux un test double.
D'une part, ils vérifient la solidité de leur interlocuteur, de l'autre, ils y trouvent (parfois et dans le meilleur des cas), un "maître" étalon sur lequel ils vont commencer à comprendre le monde autrement.
Cette assurance démoniaque, je sais d'où elle vient. je l'ai trouvée enfant, lorsque, enfermé dans la cave de la bâtisse familiale je scrutais le moindre rayon de lumière susceptible de m'éloigner de ma peur intime et profonde du noir.
Là, dans l'antre de mes peurs fantasmées, j'ai trouvé un ange noir, semblable à celui que nous devenons quand nous mourrons.
Il m'a conté toutes les histoires humaines et nous nous sommes envolés jusqu'à toucher les étoiles. La douleur intense d'abandonner mes semblables humains fut intolérable.
Mais au bout de quelques années, je me suis mis à ressentir les bienfaits de cet unique vol.
Des ailes noires ont poussé dans mon dos. Ceux qui les voient me connaissent, les autres n'en sont pas capables car ils ont oublié les battements de leurs coeurs.
Ceux qui ne les voient plus ne me parlent plus.
Je sais que je n'existe pas, car le regard des autres ne me voit pas."

6) S'il n'y avait pas eu les mots, tu aurais fait quoi?
Parfois, les mots prononcés ou marqués noir sur blanc sont inutiles. Seuls alors comptent les regards et les étreintes d'amours empruntés. Si je ne travaillais pas avec les sentiments et les émotions avec les mots, je les exprimerai par le corps. Je pense que j'irai m'asseoir sous un arbre millénaire et que je prendrai les pèlerins dans mes bras jusqu'à ce qu'ils se sentent débarrassés des fardeaux qui leur pèsent.

7) Je sais que tu bosses sur plein de projets en ce moment, est ce que tu pourrais nous en parler?
Ah ah ! C'est simple, il va me falloir plusieurs vies pour essayer de tous les réaliser ! Entre cette année et l'année prochaine, nous allons publier 3 albums et monter un studio de création. Avec un peu de chance et beaucoup de travail, nous allons initier 3 nouvelles séries de bande dessinée, 2 dans le genre science fiction et 1, très belle et très sensible, un conte fantastique pour petits et grands. Je ne parle pas des dix mille projets qui poussent les portes de mon cerveau chaque jour mais je pense qu'à ce rythme là, je me reposerai quand je serai mort.

8) Tu bosses pour les humanoïdes associés qui reste une référence dans le paysage de la BD française, comment tu en es arrivé à bosser pour eux ?
Tout a commencé en mai 2001, quand mes collaborateurs et moi envoyons notre premier dossier Bd. Nicolas Forsans, alors éditeur au sein du comité éditorial des Humanoïdes Associés répond à notre envoi et nous commençons à travailler ensemble. Aujourd'hui, je pense que c'est à lui et à l'équipe des Humanoïdes que nous devons d'avoir initié notre belle aventure artistique dans le milieu de la bande dessinée.

9) Qu'est ce que tu aimerais que les lecteurs retiennent de cette interview, de ton personnage ?
Que la mort nous attend tous à la fin. Alors, entre temps, évoluez dans le monde avec un regard sans haine et faites de belles choses de votre vie. Mon personnage ? Je suis un personnage ? Non aucunement, je suis moi, juste et rien que moi et c'est un plaisir quotidien.

10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin ?
Pour les interviews, j'aimerai que tu interviewes Pollard Berrier qui chante dans le groupe Archive.
 
Pour le mot de la fin.
Qui que vous soyez, où que vous vous trouviez, si vous pensez être dans l'obscurité, allumez la lumière.
Bises Célestes.