AL Sticking
interview réalisée le 15/01/2011
Fonction : Créateur et colleur de personnages en papier sur les murs de la ville.
Site(s) : La Rue, et un site web à venir
Nom ou pseudo : Al Sticking
Signification et/ou origine du pseudo : Mes initiales...
Date de naissance : 1984, Big Brother is watching you...
Localisation : Ici et là, et Montpellier quand j'ai le temps.
Signes particuliers : Un chapeau.
Matos utilisé : Une cervelle, des envies, un boitier, des gens, du papier, un scalpel, de la colle et des murs.
Présentation personnelle : Un bonhomme parti de pas grand chose, et qui se débrouille avec pas grand chose. Passionné par la Rue, et tout ce qui gravite autour. Pleins de choses à dire, mais n'y arrive pas vraiment avec ses mots. J'ai donc trouvé d'autres moyens pour exprimer ce que j'ai à dire.
A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : Suis-je obligé de répondre à cette question?
Une chose insupportable : Ne pas trouver les bons mots.Ca m'arrive tout le temps.
Une œuvre : Louise
Un film : Chat noir, chat blanc
Un morceau de musique : Demain c'est loin, I AM. Je te récite les 12 minutes par coeur si tu veux.
Une surprise : Celle dont tu t'attends le moins.
Un personnage de fiction : Mon père
Un mythe : Le mythe du postmodernisme, en accord je pense, avec les piqures de rappel de mes personnages de papier, et en contraste avec ma manière de travailler. J'aime les contrastes, représentés par le coté monochrome sur papier blanc des persos.
Un proverbe : Le Monde est un livre, et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une seule page.
Une phobie : Voir un de mes collages enlevé dès le lendemain
Un vice : Demander toujours plus à mes modèles.
Un objet inutile : Une télévision, pour observer des gens m'observer. Un tête à tête inutile et sans fin...
Une idée récurrente : Parler. Mais ça reste une idée...
Une arme : Un scalpel, pour ne m'en prendre qu'au papier.
Un cauchemar : Perdre complètement la mémoire.
Un moyen de transport : Des patins à roulettes
Un bruit corporel : Le bruit crée par mes narines lorsque je me mouche. Imparable, et plus que perceptible.
Un prix Nobel de la paix : Celui qui n'en a pas besoin.
Un film porno : Une sextape.
Un tyran : Sans réponse
Un repas de famille : N'importe quelle bouffe entre amis.
Une habitude : Aller au marché le matin.
Une polémique ridicule : La poule ou l'oeuf?
Un investissement : Mon compe épargne.Toujours à 0 depuis ma naissance.
Une œuvre caritative : La Porsche de David Douillet.
Un mensonge : Ca va, et toi?
Un souvenir : Une vie de famille.
Un site Internet : Le mien!
Les questions personnalisées :
1) Voici un "making of" d'un de tes collages ... Est ce que tu peux nous expliquer comment tu procèdes ? En commençant par le choix de ton modèle, des poses, .... jusqu'au choix des lieux du collage...?

Tout d'abord, pour reprendre la chronologie exacte d'un collage, tout commence par le choix du lieu. Il peut avoir été choisi de différentes manières. Soit c'est une commande, alors le mur est imposé, et je m'adapte en fonction de la demande ou de l'environnement du spot. Ou alors, ce qui arrive plus souvent, j'ai repéré un mur qui m'intéresse de par sa visibilité, son emplacement, ce qui l'entoure, sa matière, ou même par ce qu'il compose (exemple : Le monocycle sur le parking des Halles Laissac à Montpellier). Une fois le mur trouvé, je prends les mesures exactes, et photographie sous différents angles. Ce qui me permet de pousser ma réflexion sur le personnage qui viendra habiter cet espace vide.
Après avoir donné naissance au projet, je me mets en quête de trouver la personne qui sera la plus adapté pour se mettre dans la peau du personnage. Pas toujours évident, mes modèles viennent souvent de la rue elle-même, lors de mes différentes rencontres avec ceux qui la composent. De la Rue, à la Rue!
S'en suit donc une session shooting, ou je martyrise mon modèle, afin de trouver la posture idéale. Travail qui peut durer 5 minutes comme 1 heure, selon le bon vouloir et la collaboration du principal intéressé!
Une fois le bon cliché dans le boitier, vient le travail infographique, afin de réaliser ce que j'appelle un "pochoir numérique".C'est ma signature, et démontre mon appartenance à ce qu'on pourrait appeler la nouvelle école. En effet, je ne le cache pas, et travaille de façon numérique, avec tous les moyens technologiques qui sont aujourd'hui à notre portée. Je photographie avec un reflex numérique, travaille mes images avec des logiciels informatiques, et imprime mes personnages avec une machine. Mais, et c'est pourquoi je présente mes travaux sous forme de pochoir numérique", je ne peux évoluer dans ce domaine sans faire référence à ce qui est la base même du Street Art et du collage : Le pochoir et la peinture. Le pochoir est présent, et la peinture est pixellisée.
Une fois l'infographie réalisée, les fichiers partent directement chez mon imprimeur à Paris, que je récupère soit leur de mes différents passages sur la Capitale, ou bien directement à ma porte, via des transporteurs.
Et la dernière partie, ma préférée, après la découpe des contours, consiste sortir en pleine nuit, ou je peux être le plus discret, et partir à l'escalade du mur tant convoitée. Un coup d'œil à droite, un autre à gauche, personne à l'horizon, et c'est parti. Une couche de colle sur le mur, on pose le perso (en plusieurs morceaux selon la taille), on repasse une couche de colle, on caresse le papier humide, et le laisse s'imprégner de son nouveau support.
Le mur est désormais vivant, et l'espace vide, rempli de mouvements et de réflexions.
2) Dans certains arts de rue, les créateurs délivrent des messages, d’autres recherchent l’esthétique, qu’est ce qui te motive dans ta démarche ? As-tu des objectifs ?
Bien sur ! Les personnages auxquels je donne naissance ont tous un point commun, et essayent de provoquer une certaine réflexion auprès des spectateurs urbains.
Ce sont des personnages qui trouvent, pratiquent, vivent des plaisirs simples de la vie, souvent oubliés par la masse, au défaut des occupations mornes, inutiles, et abrutissantes bien trop répandues dans notre monde occidental « civilisé » actuel (télévision, ordinateurs, internet, une grande majorité du monde de l’emploi, et la quasi-totalité des prétendus loisirs qui nous sont offert, par une société qui cherchent probablement à nous formater dans des modes de vie faussement épanouissant …). Métro, boulot, TV ,dodo ,paye ,consommation…
Mes personnages cherchent un échange avec le spectateur, ils cherchent d’abord à l’amuser, le faire rire, lui provoquer un plaisir qu’il n’aurait pas imaginer ressentir par ce type de rencontre, et mieux encore lui amener un réflexion sur sa situation actuel. Le monde dans lequel il vit.
Essayer de lui faire savoir s’il trouve réellement son bonheur dans les pseudos passe temps, c’est le mot, que la société de consommation veut bien lui offrir.
Mes personnages proposent alors d’autres alternatives. Plus simples, et certainement plus constructives et jouissives que ce dont les sociétés actuelles laissent émerger.
Je ne suis pas censé expliquer tout cela, ce sont mes persos qui se doivent de partager ces réflexions.
Parmi les spectateurs, certains ne s’arrêteront même pas. D’autres seront simplement amusés. Et si j’ai pu apporter une certaine réflexion aux autres, alors mon travail a réussi, et je peux commencer à travailler sur d’autres projets, afin de donner vie aux murs de la ville.
Concernant la recherche esthétique, j’utilise, et ai toujours utilisé un effet monochrome (noir et blanc, pas de niveaux de gris), afin de faire un clin d’œil au pochoir, et à tous les artistes qui ont utilisé ce procédé, qui est la base même de ce que je fais aujourd’hui.
Je suis de la nouvelle école, de par ma manière de travailler (photographie numérique, travail sur logiciel de retouche, impression sur machine…), mais ne peux avancer dans ce milieu sans faire référence à tous les artistes qui ont permis depuis plus de 30 ans, à ce que nous, habitants de la rue (nous le sommes tous…), trouvions du plaisir, de la réflexion, et de l’admiration devant ces œuvres exposés à la vue de tous.
3) Tu nous parles de "passe temps", quels sont les tiens ? Qu'aimes tu faire de tes journées?
J'ai la chance de pouvoir vivre de mes passions, que sont la photographie, les collages, et le Roller street. Mes journées sont donc rythmées par ces 3 disciplines, selon les périodes, et le sujet sur lequel je travaille. Je suis assez souvent en déplacement (à peu près la moitié du temps), ça me permet d'évoluer dans des environnements différents, ce qui n'est pas pour me déplaire, étant plutôt nomade de nature. J'ai vraiment beaucoup de mal à rester inactif, c'est pourquoi je ne reste à Montpellier (mon lieu de résidence) que pour travailler à mon bureau pour des projets bien particuliers. Le travail accompli, je repars sur les routes pour d'autres aventures!
Il n'y a donc pas de journée "type", elles ont chacune une structure bien différente, selon mes ambitions et commandes du moment.
Durant les périodes de flottement, j'en profite pour aller rouler un peu, éliminer les toxines! Et je trouve toujours des gaillards bien motivés pour aller faire des images de skating. Je profite également de ce temps pour avancer sur mes projets de collages persos, en créant tout d'abord des croquis, puis en allant rencontrer des nouvelles personnes, qui seront mes prochains personnages en papier.
Puis il y a toujours les soirées entre potes (clin d'œil au collectif JFC!), les expos et les ballades dans notre belle contrée.
Si toutefois il peut m'arriver de "geeker", le mal être engendré par cet activité passive me permet rapidement de revenir à des actions plus constructives, par ce que je pourrais considéré par moment comme une pseudo thérapie, le collage, et donc aller délivrer le message aux autres patients, ahah!
4) On va prendre les deux phases … nature versus geekage. Quels sont les lieux que tu préfères ? Y a-t-il des destinations où tu aimerais aller ? Et quels sont les sites où tu aimes bien flâner ? Des trouvailles ?
Je passe et aime de plus en plus passer du temps sur Paname. Autrefois un simple lieu de transit, lors de mes pérégrinations entre le nord et le sud, que je traversai le plus rapidement possible, afin d'éviter cette atmosphère stressé et hyperactive. Et, au fur et à mesure, j'ai appris à connaitre ce lieu bouleversant, et riche à tous niveaux, ou je passe désormais le plus clair de mon temps, que ce soit pour faire mes impressions papiers, aller à la rencontre de partenaires potentiels, shooter du patin à roulette, ou tout simplement flâner.
Hors frontières, j'ai eu un coup de coeur l'été dernier pour la ville de Prague, tant par son architecture particulièrement atypique, que par l'ambiance générale qui se dégageait de cette ville de Bohême.
Je reste tout de même un inconditionnel de cette belle ville de Montpellier, où je trouve tout ce dont j'ai besoin pour satisfaire mon quotidien!
Des destinations ou j'aimerais aller?Tellement! Je suis un grand frustré de n'avoir pas encore découvert d'autres continents, hors territoire européen, et je n'ai pas de préférences prioritaires concernant ces destinations. Les Etats Unis pour leur "way of life" quelque peu exagéré, l'Afrique pour la "richesse" de sa terre et de ses habitants, l'Asie pour son dépaysement radical, et tant d'autres lieux encore...J'ai encore beaucoup de choses à vivre, et j'ai toute confiance quand à la découverte de ces univers pour le futur.
Et pour ce qui concerne la phase geekage, j'utilise bien évidement pas mal facebook, tant pour avoir des news de mes amis éparpillés aux 4 coins du globe, que pour travailler mon réseau pro. Ensuite, une liste non exhaustive des mes ballades sur la toile : http://www.unurth.com/ pour me tenir informé des derniers travaux de la scène street-art mondiale, http://www.frenchyfries.fr/ pour l'actualité rolleristique et urbainement culturelle, France inter, FIP, et Deezer pour le fond musical (je peux pas travailler sans musique...), et divers sites afin de me renseigner sur les évenements/concours/manifestations photographiques à venir
5) Y a t-il des manifestations photos auxquelles tu aimerais particper?
Pas exactement, non. Je pense que je suis plus à mon aise, et dans mon environnement sur des évènements d'Arts urbains en général, que sur la photographie. Il est certain que j'utilise ce medium pour créer mes personnages, et diffuser mon travail via le web, ou alors pour des expos, mais je ne me situe pas réellement en tant que photographe à part entière. Les créations que je présente dans la rue sont travaillées infographiquement, en monochrome, et ne présentent pas toutes les valeurs que peut véhiculer une photographie. Ce sont les spectateurs urbains qui se font eux même la photo finale, par rapport aux différents facteurs qui leur feront ressentir cette rencontre d'une façon inedit, et que je ne peux véhiculer avec une seule image.
6) C'est quoi pour toi une création réussie? Quels sont ses ingrédients?
Je pense que l'ingredient principal, pour qu'un collage soit réussi, et pour qu'un personnage ait toute l'attention qu'il mérite, est en premier lieu le mur choisi (ou imposé), et l'environnement qui l'entoure. C'est ce qui me premettra de déterminer quel personnage viendra y prendre place, et dans quelle situation. Le tout pour un maximum de visibilité.
Si l'addition est réussie, alors l'alchimie prendra forme, et le message suggéré n'en sera que plus évident.
Donc au final, pour répondre à ta question, je pense qu'une création réussie dépend de la rencontre de la qualité artistique de celle ci, et de l'ampleur de compréhension du message véhiculé.
7) Quelle est ta dernière claque?
Le bras est levé, désormais j'attends le 12 janvier pour me la prendre en pleine tronche, sortie en salle du film de JR "WOMEN ARE HEROES", retraçant toute l'ampleur de ce projet pharaonique sur lequel il travaille depuis maintenant 3 ans, du Brésil au Kenya, en passant par le Sierra Lone, le Libéria, ou encore le Soudan. A noter sur vos agendas.(blu dernière vidéo?)
8) Quelle est la question que tu aimerais que je te pose?
J'aimerais bien que tu me demandes si il y aurait une personne en particulier que je voudrais voir interviewé dans Bazooka Mandarine
9) Et qu'y répondrais tu ?
Je te conseillerais Guillaume Martial, photographe et vidéaste de talent, dont l'exposition "Le petit Garagiste", va être présenté à la Bellevilloise en Février.
10) Pour finir ton mot de la fin ?
OOOPS !