Al Lu-Sinon du Collectif des 12 singes
interview finalisée le 12/08/2011
Fonction : rédac’ "chef" (et autoéditeur, communiquant, distributeur) du Collectif et du staff photograffe des 12 Singes
Site(s) : étant ex-conseiller multimédia, il y a moult espaces internet (blogs, eBooks sur GoogleBooks et issuu, profils sur de nombreux réseaux sociaux) mais la porte d’entrée est collectif12singes (et facebook), et pour la partie photograffique ça se passe sur photograffeurs (et Photograffeurs-de-Pierres-Philosophales, plus Street-Art-mad-in-Montpellier pour ce qui concerne Montpellier)
Nom ou pseudo : Al LU-SINON
Signification et/ou origine du pseudo : je cherchais un pseudo sympa et original, ayant vu qu’un auteur s’appelait Gordon Zola j’ai eu l’idée d’avoir aussi un nom composé qui marque les esprits ! Ayant un côté barré comme Al (le père du surdoué Malcolm) et Alf, et écrivant des choses hallucinantes (même si informations sérieuses et vérifiées scientifiquement), le pseudo est venu naturellement, d’autant plus qu’Al doit être LU, SINON … panpan cul-cul ;-)
Date de naissance : 03/04/1978
Localisation : Montpellier depuis décembre 2000
Signes particuliers : bouc à l’égyptienne ???
Matos utilisé : un PC portable, un appareil photo pour la photograffie, des blocs-notes et stylos, les neurones des 12 Singes
Présentation personnelle : cyclothymique qui passe (sur des périodes longues) des abysses obscures aux cimes ensoleillées, cynique qui essaye (trop, sûrement) de ne pas voir les choses par le petit bout de la lorgnette !
A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : « T’en as d’autres des comme ça ? », sinon « Qu’est-ce qu’il se passe dans l’espace ? (ce qui veut aussi dire, en plus de la connaissance cosmique, « Y a quoi à faire de beau / On fait quoi ? »)
Une chose insupportable : la vanité "artistique"
Une œuvre : le Göbekli Tepe (« la montagne du Nombril »), le plus ancien temple de pierre jamais découvert (datation estimée entre - 11500 et -10000 avant notre ère[1]), cimetière colossal du Néolithique relativement sédentarisé, mais sans domestication, ni végétale ni animale. Il aurait fallu plusieurs centaines d’hommes pour le construire et les travaux auraient duré de trois à cinq siècles. Göbekli Tepe a servi de régulateur de conflits, en regroupant, autour de lui et d’une spiritualité identitaire organisée, des clans qui commençaient sérieusement à se disputer pour leur survie. Le temple aurait été abandonné vers -8000, les humains enfouissant le site pour se rendre dans la vallée et commencer à développer la civilisation (voir notre premier livre, "Lendemain du Grand Soir" et son pdf téléchargeable dans "Les prémices de la civilisation : la sédentarisation")
Un film : forcément l’"Armée des 12 Singes" (qui a donné notre nom et logo), sinon "Quatre garçons plein d’avenir" car c’est un film rempli de répliques cultes
Un morceau de musique : la question qui tue ! Comme j’écoute des polyphonies corses au hardcore en passant par le hip-hop, le morceau dépend de l’humeur du jour ou du besoin de se calmer/s’énerver selon ce que j’ai à faire
Une surprise: le Goncourt ou le prix Nobel de littérature, que j’adorerai refuser
Un personnage de fiction : Bender, le robot de Futurama, car il nique le steak et troue le cul comme Cartman de South Park
Un mythe : le mythe d'Etana car il marque, malheureusement, le passage du culte de la féminité à celui de la masculinité ! Au -IIIè millénaire, dans toute l’antiquité, on bascule vers un roi dynastique. Etana vole le secret de la fertilité, de la masculinisation (comme Prométhée, cf. Institutionnalisation et encadrement de la masculinité dans la reproduction et les deux articles précédents pour voir l’évolution avant et au début de la civilisation). On créé des statues mâles (dieux), alors qu’avant c’était essentiellement des femmes (déesses). Le mythe d’Etana est une légende sumérienne ayant pour personnage principal Etana, le roi de Kish, qui tente désespérément d’obtenir un fils pour lui succéder. Le récit commence par l’histoire d’un serpent et d’un aigle, liés d’amitié avant que le second ne mange les enfants du premier. Le serpent (animal du chaos originel, opposé en tout, jour/nuit, bien/mal, vie/mort, féminin/masculin) est le fondateur du monde terrestre, lorsqu’il pondit l’œuf primordial. Le serpent a le même signe qui désigne la vie constamment renouvelée (ouroboros : le serpent se mord la queue, ce qui donnera plus tard le nœud gordien, l’infini grec) ; la femme, symbole de ce renouvellement par l’enfantement, est aussi celle qui dispense les soins (cf. aussi le serpent du caducée des médecins/pharmaciens). L’aigle est le roi des oiseaux, qui descend du ciel pour s’abattre sur la terre. Il est symbole de puissance et de combattivité, mais aussi d’âme qui s’envole vers le ciel rejoindre les dieux. Animal capable de regarder le soleil sans ciller des yeux et d’évoluer dans le ciel inaccessible aux humains, tueur de serpent, l’aigle est le symbole masculin de la victoire de la lumière sur les forces obscures, c’est pourquoi il est souvent représenté tenant dans son bec un serpent, symbole féminin.
Un proverbe : si je peux, une citation qui me va bien, « ne rien faire comme tout le monde, tout faire comme personne », sinon « c’est en forgeant qu’on devient forgeron » car tout le monde a été débutant mais c’est à force de persévérance et d’erreur qu’on s’améliore ! Pour info, notre prochain livre, "Démons des Mots font Démo sur Dix Maux", est une discussion de comptoir "on refait le monde" à base de dictons, expressions, proverbes populaires, aussi bien que de citations, dialogues de films et paroles de chansons.
Une phobie : les souris (peur primale), sinon le silence assourdissant
Un vice : des fois l’alcool sans modération (la pire des drogues), sinon les champotes (que là je consomme avec modération et respect du produit comme de moi-même, donc là c’est la meilleur des drogues)
Un objet inutile : une montre car j’ai le temps et au pire l’heure est biologique ou présente partout
Une idée récurrente : avoir des idées décalées mais intéressantes et les mettre en forme de manière attractive
Une arme : le savoir et les mots pour le dire, bien maniés ils font mouche à chaque fois
Un cauchemar : être seul au monde
Un moyen de transport : y a ma moto, sinon une planche qui roule, glisse, vole
Un bruit corporel : un rot parce que trop de bière ? :-s
Un prix Nobel de la paix :sûrement pas Barak Obama (parce que prix Nobel de la Paix alors qu’on est en guerres … même héritées, c’est moyen moins) ; je dirai Alfred Nobel pour le pied de nez à l’inventeur de la dynamite et de ce prix, sinon Henri Dunant pour avoir été le premier lauréat en 1901 et être le fondateur du Comité international de la Croix-Rouge et promoteur de la Convention de Genève
Un film porno : "Nuits chaudes à Los Angeles" (mon premier vu sur cassette avec des potes), sinon les productions au toucan de Marc Dorcel (qui, encore il y a peu, étaient "câlines" là où les autres étaient purement sexuelles)
Un tyran : la volonté de soigner le moindre détail (car ce sont les petites choses "insignifiantes" qui font la qualité et la profondeur de tout travail), sinon Lénine et Staline qui ont décapité le plus beau rêve de l’humanité en assassinant les marins de Kronstadt qui les avaient aidé dans la Révolution (mais étaient trop Libertaires/Anarchistes pour les communistes, sachant qu’ils étaient des soldats d’élite de l’armée impériale, quand même quoi) mais s’opposaient à la mainmise dictatoriale du "prolétariat" (enfin, en son nom, car eux étaient juste des arrivistes théocratiques, des califes à la place du calife)
Un repas de famille : bouffe entre potes plutôt
Une habitude : squatter la télé (France5 et Arte hein) et/ou avoir du son dans l’appart ou les oreilles
Une polémique ridicule : la taille (ou le goût) du sexe des anges, sinon la prostitution et les drogues car non-éradiquables et que ça fait partie de l’humain d’avoir la Liberté et la responsabilité de faire "n’importe quoi" avec son corps/ses neurones
Un investissement : un système multimédia performant (télévision, ensemble phonique, ordinateur, disque dur, etc.) pour toujours avoir à disposition dans les meilleures conditions mes données (sono, audio, vidéo, photos, textes)
Une œuvre caritative : Amnesty International pour le Respect des droits de l’humain et Greenpeace pour la Dignité des droits de la Nature et des autres animaux
Un mensonge : je n’aime pas mentir car c’est important et toujours mieux de dire la vérité ;-)
Un souvenir : ma plus belle année, à mon arrivée sur Montpellier en décembre 2000, dans une résidence de ouf et avec un taff qui me tenait à cœur et développait nombre de qualités
Un site Internet : auparavant cocazine.com car ils avaient toujours une pure soirée en agenda, maintenant http://www.missbuffetfroid.com ou sinon fnac.fr/amazon.com pour savoir quoi télécharger (pirate … à prononcer comme les mamies de Tipiak) ou réécrire le nom des morceaux en propre
Les questions personnalisées :
1) Wow dis donc, je crois que tu es le 1er à autant remplir le portrait chinois ! On dirait que tu as un sacré paquet de choses à nous raconter ... D'ailleurs tu réalises pas mal d'interviews en ce moment de ci de là ... Y a t-il une question qu'on te pose tout le temps, et qui commence à t'agacer (maniére que je ne mette pas les pieds dans le plat)? Sinon, qu'elle est la question que tu attends ... mais que personne ne te pose ... ?
Hum, oui, désolé, à bien vouloir répondre, j’ai une fâcheuse tendance à me répandre quand on me pose des questions intéressantes !
On me demande toujours combien nous sommes dans le Collectif des 12 Singes … beh c’est comme le port-salut, c’est marqué dessus : nous sommes 12, souvent singes et parfois sages, même si aucun de nous n’est Mizaru, ni Kikazaru Iwazaru, les singes de la sagesse qui « Ne voient pas », « N'entendent pas », « Ne parlent pas » (sachant qu’à ceux qui suivent cette maxime il n’est censé arriver que du bien).
« Une question que j’attends et que personne ne pose ? » … à part celle-là je ne vois pas ! Ah si, « Comment trouvez-vous de tels titres de bouquins, à rallonge ou alambiqués ? » ! Le fond de la chose est qu’on part sur une envie/idée de sujet à traiter (« un autre monde est possible, mais que met-on dedans ? », « South Park est vulgaire mais pas que ! », « comment lier érotisme et amour de manière originale dans un livre ? », « les murs ont la parole, écoutons-les au lieu de crier au vandalisme !», « les courtes phrases prononcées au bistrot ou en soirée en disent plus que de longs discours ! ») et ensuite, par association d’idées et de rimes, le titre vient de lui-même en même temps que l’ébauche de structure du livre ! Le meilleur exemple en est "Bouquin Coquin et Taquin d’une Catin et d’un Libertin" où on voulait écrire de l’érotique, soit donc un bouquin coquin, qui donne autant à rougir qu’à rire, donc taquin, puis de taquin à catin il n’y a que deux sons à inverser et cela créé un premier personnage. Enfin, le complément de la catin (soit dit en passant, catin signifie fille facile/prostituée, et vient de Catherine qui dérive du grec « pur », la catherinette étant une femme de plus de 25 ans et toujours pas mariée, comme Catherine d'Alexandrie, vierge et martyre, patronne des jeunes filles ; au masculin, il s'agit d'un bassin qui reçoit le métal fondu, saint Nicolas protégeant de son côté les célibataires masculins afin de prévenir tout attouchement personnel) étant le libertin qui fornique autant mais de manière non tarifée, nous avions nos deux personnages, Virginie et Faudel, et l’ambiance générale du livre !
2) ... et ces 12 singes/sages ils font quoi ensemble ?
« Ils font rien que des bêtises… » comme chantait Sabine ;-)
Plus sérieusement, on s’est rencontrés par potes interposés, dans ma résidence ou en soirées et on a de suite accroché ! Chacun provenant de milieux socio-culturels divers et variés (voir la présentation du crew), l’ensemble hétérogène apporte des idées et des éléments de fond et forme pour d’éventuels livres. Certains bossent ensuite sur la recherche d’informations sérieuses, d’autres sur des jeux de mot en rapport avec le sujet et ainsi de suite, puis on fait des conf’ de rédac’ pour voir comme intégrer tout ça dans une structure narrative prédéfinie mais évolutive ! Une fois cela validé, je rédige les textes pour que le style soit identique quels que soient les contenus. Là on parle de livres, mais on fera tôt ou tard des sketches et une pièce de théâtre (écrire, voire aussi mettre en scène, même si c’est un métier à part entière), et j’aimerai aussi, à titre personnel, rédiger des "papiers" pour des journaux/magazines.
3) et ... qu'en est-il de la culture urbaine, ce n'est pas le collectif des 12 singes qui réalise les balades photographiques? Quand on vogue sur votre facebook il y a énormément de liens qui dirigent vers du street art? Comment se positionne ton collectif vis à vis de ces artistes ? de ces arts ? Vous menez des actions ?
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Pour la petite histoire, je bossais sur la planète Mars (la capitale du graffiti à message écrit) en début 2009. On avait déjà l’idée et la matière pour "Démons des Mots font Démo sur Dix Maux", à savoir tout ce qu’on pouvait noter dans nos Carnets de Conversations, venant de nos discussions ou de la télé ! Je suis alors tombé sur un graffiti disant « Riez, riez de votre réussite personnelle avant de pleurer de notre échec collectif » ainsi qu’un autre magnifiquement illustratif (cf photos ci-jointes).
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J’ai trouvé ça génial et, hasard, en rentrant sur Montpell’ j’ai déniché dans le marché aux livres de Plan Cabane le "Les murs se marrent" de Régis Hauser, l’intégrale introuvable des 3 tomes plus le 4è inédit ! Lui avait collectionné pendant 30 ans (de 1970 à 2003, date de sa mort) les graffitis écrits aux toilettes (autant pour homme que pour dame) et sur d’autres supports ! On s’est alors dit qu’on pourrait faire la même mais en mode photo (lui réécrivait les graffitis) car tout le monde a un appareil photo, au minimum sur son téléphone, et que ça représenterait plus fidèlement la réalité du contexte et le geste de l’auteur ! Ensuite, en novembre 2010, je suis monté à la capitale pour le 2nd Salon facebouquins des grands auteurs de la petite édition, dont je suis le coorganisateur avec la fondatrice Edith le Dico (… "des gros mots cachés dans les mots") et l’an dernier invité d’honneur du SIEL de Paris à la BNF.
Je suis alors passé aux 3 ans du MUR (association Modulable, Urbaine & Réactive, reconnue d'utilité publique) à l’espace Blancs-Manteaux ! Cet évènement, où je suis allé à la rencontre de grands noms du street-Artivisme pour présenter le premier volume de notre livre de "Photograffi(ti)es d’Expressions Murales : Pierres Philosophales" et mes déambulations dans le Paris du graffiti m’ont ouverts encore plus les yeux, dans tous les sens du terme, sur cet Art ! Je parle d’Art car c’en est un, il s’agit de la peinture du XXIè siècle (même si cela a commencé bien avant), seuls le support sur toile et les pinceaux changent !
Revenu sur Montpell’ après que notre livre de photograffitisme ait cartonné à Noël et ait reçu un très bon accueil presse, j’étais déçu de ne pas trouver de graffitis autres que des tags et du graff lettrage (je n’ai rien contre eux, c’est juste une question de goûts persos) dans la ville où je réside ! En l’espace de quelques jours, alors que je bossais sur la communication multimédia de la Zone d’Autonomie Littéraire, j’appris qu’Al Sticking allait faire des collages pour indiquer le chemin vers la salle Pétrarque et FKDL me contactait pour qu’on se capte, lui étant sur Montpellier pour faire la déco du hall de l’Arena à l’occasion de la tournée des Enfoirés.
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Sachant que FKDL avait posé quelques collages seul et avec Al, nous sommes partis avec les autres Singes à leurs recherches, et c’est vraiment là, en les chassant, qu’on a vu qu’il y avait d’autres street-Artivistes en action dans la ville (en plus des Space Invaders assez visibles), certes dans des endroits pas forcément évidents à débusquer (condition de leur tenue sur les murs pendant quelques temps). Nous avons au même moment croisé la route d’un personnage facétieux, qu’on s’est également mis à chasser, les fameux bojos de Polar ! Le déclic street-Artistique était définitivement enclenché !
Par la suite, nous voulions participer à la très bonne manifestation organisée par le Collectif l’Art se Libère, qui faisait cette année un appel à projet pour rendre l’évènement participatif (plutôt qu’un enchaînement de tables où chacun vend sa prod). Ne sachant pas trop quoi proposer en plus de nos bouquins, nous avons eu l’idée de faire une balade photograffique car nous avions repéré des graffitis (pochoirs essentiellement, de 3LP surtout) dans ce coin du quartier des Beaux-Arts. Ça a intéressé beaucoup de gens, de tous les âges et styles !
Un brin plus tard, l’association Buzz Arts, croyant que nous étions colleurs, nous proposait de venir exposer à son apéro-collage Stick In au Baloard ! Comme nous ne sommes pas graffeurs mais photograffeurs (chacun son taff), nous avons à nouveau proposé une balade photograffique avant d’amener notre groupe au Baloard : comme il n’y avait pas eu de repérage cette fois, nous avons appris aux gens nos méthodes pour chasser le graff (regarder tout partout, porter son regard au loin, déceler des différences de textures/couleurs sur les murs et autres supports, etc.) ! Aujourd’hui, enfin le 15 août pour être précis, nous ferons notre 6è balade photograffique, dont une sur la planète Mars !
Concernant notre positionnement par rapport à cet Art et aux street-Artistes et nos actions, nous défendons le street-Art à Montpellier, ville phare du graffiti au début des années 90 (seule ville française, jusqu’à il y a peu, à avoir un magasin de bombes aérosols Montana) et qui compte beaucoup de trompe-l’œil, autant qu’elle a déjà fait appel à des gens comme Jonnystyle pour des bâches officielles ou dont nombre de magasins et bâtiments sportifs ont/avaient une devanture "fresquée" faite sur commande !
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Au-delà des interventions très/trop réactives de la police murale, nous "militons" également pour que les gens Respectent ces œuvres d’Art exposées au public plutôt que dans des galeries (et même des musées à présent) ! Il faut en effet savoir que nombre de collages sont surtout enlevés par des gens qui n’aiment pas ça ou qui l’aiment trop et veulent ramener l’œuvre chez eux, mais ils ne font que la dégrader puisque ça ne s’enlève pas comme ça (cf. ce triste exemple d’un hibou très chouette, défiguré petit à petit) !
Dans l’absolu, nous aimerions bien qu’il existe un mur comme à Paris, où les Artistes pourraient s’exposer sans crainte de la police ni du vandalisme des passants ! D’ici là, nous avons déjà en élaboration permanente une page qui recense des œuvres street-Artistiques de façon pérenne grâce à la photograffie, et nous pensons fortement réaliser un fanzine bimensuel, gratuit et financé par la vente de t-shirts et posters à prix modiques, qui couchera sur papier glacé les récoltes graffiques d’un réseau de photograffeurs que nous souhaitons le plus large possible pour couvrir au mieux toute la ville !
4) Tu nous dévoiles là beaucoup d'énergies, de projets ... Il n'y a pas de doute, tu es un vrai passionné! Mais ... Je me demandais en termes de quotidien, tu vis de quoi? Tu bosses à côté ? Vos activités sont financées, aidées, vous avez des mécènes?
La passion n’a jamais nourri son Homme, mais heureusement je sais me contenter de peu, même si être en mode survie ce n’est pas une vie ! Je (sur)vis du RSA comme autoentrepreneur, et c’est vrai que même si nos livres marchent bien, ça reste pour l’instant de l’argent de poche. Il faut d’ailleurs savoir qu’une grosse partie des bénéfices fait sur un livre finance l’impression du livre suivant !
Je bosse fort sur l’autoédition (intégration des contenus des autres Singes, mise en forme et page des textes, maquettage des livres, communication, distribution, présence sur des salons, etc.) des livres du Collectif des 12 Singes, et c’est déjà un job à temps plein ! Pour autant, j’aimerai bien avoir une activité complémentaire, un peu pour l’argent mais beaucoup pour bosser autrement que seul chez moi sur mon ordi (je vois les autres Singes une fois par semaine en conf’ de rédac’, sinon le gros du taf se fait par mail et téléphone).
Nous n’avons pas d’autres aides que les commandes de nos lecteurs, mais on va voir avec les structures locales et éventuellement des mécènes (mais lesquels vu notre style et les thèmes de nos livres ?) pour être épaulés financièrement afin de monter toujours plus en puissance et pouvoir faire des projets plus conséquents et gourmands en argent ou temps d’investissement !
5) Peut être, pourrais tu faire un appel, quels genres d'activités complémentaires recherches-tu ?
Je n’ai rien de vraiment précis en tête, je rechercherai tout ce qui me permet d’utiliser à bon escient mes compétences en rédaction, communication, organisation d’évènements. J’étudierai avec la plus grande attention toute proposition !
6) Quels sont les artistes, les créateurs, assos dans la région que tu apprécies? As tu eu des jolies découvertes ces derniers temps ?
En ce qui concerne le street-Art, j’aime tous les graffeurs qui prennent des risques légaux pour nous en mettre plein la vue ! Après, j’avoue que j’ai un grand faible pour Jonnystyle et son moustachu plein de beaufferie touchante, Koralie et Supakitch pour leur esthétisme, Zest pour son originalité et son style si reconnaissable, Al Sticking pour la finesse de ses créas, Polar pour son côté autant tagueur illustratif que graffeur artistique, 416 et ses foot-eyes divers et variés, le Collectif des Cerveaux-Lents pour ses œuvres bien décalées et trashs, XVI® et Double H pour leur inventivité, 3LP pour sa rareté et la technicité de ses pochoirs, … et tous ceux qui ne signent pas leurs magnifiques œuvres !
En créateur, je vais juste citer Pauline, parce que c’est une amie mais surtout parce que j’adore ce qu’elle fait, tant en récupération et réaffectation d’objets/matières qu’en mode décoration comme elle l’a superbement fait à la Baraka jeux !
Pour les associations, je ferais de la pub pour Context’Art car elle nous accompagne très bien dans nos différents projets créatifs, Urbanités LR qui propose un modèle novateur entre le webzine participatif et le portail communautaire afin de promouvoir les cultures urbaines en Languedoc-Roussillon, Buzz’Arts pour sa promotion d'artistes de différentes disciplines à travers des actions multiples (exposition, projet artistique,...), le Collectif l’Art se Libère qui fait vivre sa rue (Ste Thérèse, quartier des Beaux-Arts) pour favoriser la rencontre entre voisins, entre générations, entre nous tous habitants de la même ville, et finalement toutes les structures qui s’investissent pour rendre la ville plus vivante en cette (longue) période de morosité ! Juste, pour finir, je parlerais aussi de Squeeze (organisateur de la Zone d’Autonomie Littéraire et de soirées décalées pluridisciplinaires) qui se démène pour créer un réseau littéraire intéressant dans Montpellier qui ne jure que par la Comédie du Livre !

En jolies découvertes, parmi moult, je tirerais mon chapeau à ce pochoiriste qui a eu cette très bonne idée de poser ce magnifique loulou pas loin de chez moi et à cet autre street-Artiste qui a poché ce magnifique Singe ! Et pour la musique je parlerais de Hughes de Courson (celui du groupe celtique Malicorne des années 70) car j’avais piraté ses albums il y a longtemps et qu’en décompressant l’archive j’ai eu un eargasme avec ses mélanges ethno-classico-électro, qui me boostent pour bosser même si je suis plus à fond dans le son que dans ma rédaction.

7) Côté créativité dans le street art, qu'est ce qui t'as le plus surpris dernièrement? Tu connais du street art un peu farfelu comme le street tricot (par exemple)?
Sur Montpellier, en plus de l’Art de rue, on peut voir de plus en plus d’Art dans la rue ! La nuance est subtile, mais cela englobe tout ce qui n’est ni peint (graffs et pochoirs) ni collé (affiches, stickers et pièces de céramique) et dont le sens Artistique est laissé à la libre appréciation de chacun ! Dans ce registre, j’aime beaucoup la récupération de choses laissées dans la rue pour le passage des poubelles et leur réaffectation, avec plus ou moins de transformation, en vue de dégager une émotion (alors que si ça a été jeté c’est bien que cela ne servait/n’intéressait plus). Un bon exemple ici avec ce plateau de chaise customisé et placé au bon endroit (ah, l’importance de la contextualisation pour relever le sens et la portée d’une création), les barres métalliques faisant office d’antennes : trop fort ce loko, un Ancien du street-Art local !

En street-Art farfelu (même si je dirais plutôt super malin), on peut faire très simple avec le reverse graffiti, entièrement légal puisqu’il ne s’agit pas de dégradation mais de dessin sur une surface sale par enlèvement de crasse ! C’est enfantin (qui n’a pas graffé sur une vitre poussiéreuse ?) et ça met les passants en face de la vraie dégradation murale, celle de la pollution (on comprend aussi mieux, concrètement, ce qui finit dans nos poumons), d’où notre leitmotiv « Le graffiti ne salit rien, il embellit nos murs gris (ou noirs de pollution) ».

Sinon, on aime beaucoup aussi le graffiti en 3d qui donne une autre dimension, c’est le cas de le dire, à des œuvres déjà magnifiques en 2d ! Pour info, on a même déjà vu ce genre de graffiti utilisé en signalisation routière, dans le sens où lorsqu’on s’approche d’une telle peinture elle se dresse, comme près d’une école où un enfant "sort du bitume" pour avertir plus concrètement qu’un panneau de la présence de gamins.

8) Qu'aimerais-tu que l'on retienne dans cette interview de votre collectif et de la culture urbaine qui visiblement te tient trés à coeur? Quels messages finalement aimerais tu faire passer ?
Par ailleurs si tu devais conseiller celles et ceux qui ont envie de se plonger encore plus dans cette culture, tu leur conseillerais quoi ? Des ouvrages, des magazines, des lieux pour découvrir mieux l'art urbain, des balades? ...
Concernant la culture urbaine en général, j’aimerais qu’on la laisse s’exprimer davantage, à une époque où on cherche à trop policer la Cité, où la farce de l’ordre n’est pas très urbaine avec ceux qui partagent dans l’espace public leurs compétences Artistiques ou juste une expression en marge de la norme, avec un esprit Collectif dans un monde bien trop individualiste et sclérosé (pour ne pas dire coincé du cul, oups si je l’ai dit) ! Pour le street-Art en particulier, mon plus grand souhait est qu’on reconnaisse enfin, ce qui commence à venir, les qualités Artistiques de ce qu’on appelait avant du vandalisme (je vais encore me faire des ennemis, mais c’est évident que le tag – cette signature territoriale faite à l’arrach’ – joue contre toutes les formes de graffiti) ! Malheureusement, si ça se décoince à ce niveau-là, ça bascule dans le sens inverse, c’est-à-dire que des gens tentent de voler ce qui est offert aux passants pour se l’approprier chez eux [bon exemple de « la propriété (individuelle) c’est le vol (du bien commun) » cher à Proudhon], pour leur seul bon plaisir : non seulement la plupart du temps ils ne font que détériorer l’œuvre (ne sachant pas comme décoller proprement), mais en plus c’est un acte d’un grand égoïsme qui va à l’encontre même de l’esprit du street (comme son nom l’indique) Art ! Je voudrais aussi m’adresser à la police murale et à la mairie pour prendre la défense du street-Art, à Montpellier comme ailleurs : ce serait bien de faire le tri (même si toute sélection en matière Artistique prête à débat) dans ce qui doit être effacé et ce qui peut rester pour le plus grand plaisir des passants, le temps se chargeant de faire peau neuve (pour une nouvelle œuvre) !!! D’ailleurs, ce qui est hallucinant, c’est qu’ils se permettent même de bafouer la propriété privée au nom de la propreté : lors de la toute première balade photograffique, une dame d’un certain âge m’a dit qu’il y avait un pochoir sur son mur, qu’elle trouvait très joli, et quelle ne fut pas surprise de voir quelques jours plus tard qu’il avait été "toyé" (repassé par-dessus dans la langage des graffeurs, ici repeint couleur mur).
Pour se plonger encore plus dans cette culture, je conseillerais pour la partie montpelliéraine notre page Street-Art mad' in Montpellier et d’aller voir Montana Shop. Pour les balades photograffiques, vous pouvez déjà télécharger le fascicule utilisé par nous-mêmes pour aider les promeneurs à reconnaître le style des différents street-Artistes les plus récurrents, sinon suivez le guide en consultant régulièrement notre blog consacré au photograffisme, les balades y sont annoncées ainsi que les récoltes photograffiques publiées. La prochaine aura lieu le lundi 15 août, jour férié de l’Assomption.
Au niveau global, les petits bouquins par Artiste de Critères Editions, la série Opus Délits, sont très bien et à pas cher ! En magazine il y a Paris Tonkar (qui avait fait le premier livre retraçant quatre années de graffiti, de 1987 à 1991, à Paris et sa toute proche banlieue) et Graffiti Art magazine (le magazine de l’art contemporain urbain, qui a une vision transversale et interdisciplinaire avec au programme du street-Art, peinture, illustration, photo, design, graffiti).
Relativement au Collectif des 12 Singes, au-delà de la partie photograffique, notre ligne éditoriale est d’être un Collectif d’écriveurs (car comme disait Desproges, « écrivain ça fait trop sérieux et trop restrictif à la fois ») autoédités qui cherche à véhiculer des informations sérieuses et surprenantes mais sur un ton décalé : vaste programme, mais nous tentons de tailler des shorts comme Coluche avec la gouaille de Desproges ! Aux lecteurs de nous dire si y a bon, sinon qu’ils nous critiquent sur le fond et la forme car c’est comme ça qu’on fait avancer le schmilblick !
9) C'est la question carte blanche, à toi de nous révéler ce que tu veux : un coup de coeur, une anecdote, des projets...
Coup de cœur : il y en a trop, quasiment chaque fois que je sors de chez moi je fais une belle découverte (idem quand j’écoute du son ou mate la téloche)
Anecdote : en revenant de chez un pote aujourd’hui, je suis tombé sur un grand bojo de Polar qui m’a attiré l’œil ! Je me suis arrêté, et en le photograffiant j’ai vu qu’il y avait une caméra pochée juste au-dessus de lui, qui n’a nullement empêché également nos deux amis XVI® et Double H (avec leur fiche de gav) plus le couple de solitaires et deux personnages abstraits d’être graffés ! Espérons que ce que disent les perruches s'avère juste : "Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès" {Nelson Mandela - Extrait du Discours d'investiture - 10 Mai 1994}. En rentrant chez moi, je me suis à nouveau arrêté pour shooter un « I © Double H », cadré et contextualisé avec la plaque d’immatriculation xx69 ANE 34 d’une voiture garée à côté, le garagiste m’a demandé si je voulais acheter sa voiture et je lui ai parlé de street-Art !
Dans la foulée, un passant qui rentrait chez lui m’a dit que c’était moche tous ces tags et que ça coûtait cher à effacer, je lui ai montré un joli pochoir en lui faisant comprendre la différence, ce sur quoi il était d’accord (ça arrive de plus en plus souvent qu’on m’interpelle quand je shoote "un mur sale", généralement je "pervertis"/convertis les gens et ça fait des baladeurs photograffeurs en plus, qui me remercient ensuite pour leur avoir les yeux), me disant en partant que sa fille avait été pochoiriste sur Montpell’ (mais ne lui avait, malheureusement pour moi, jamais révélé son blaze) ! À 200m de chez moi je tombe sur une trace murale qui semblait être un graff (ou plutôt une silhouette collée) dont ne subsistait qu’une infime trace et que je vais tenter de révéler pour savoir ce qu’il en est, et en partant je tourne la tête pour voir si je peux m’engager sur la route que voilà t’y pas que sur une poubelle je vois stické en format large « I speak english like Michel Gondry » (grand monsieur complètement barré s’il en est, qui a clipé les plus grands zikos). J’adore ce genre de journée où tout s’enchaîne, une découverte entraînant une autre surprise !
Projet : on bosse fort sur nos prochains bouquins, à savoir "Démons des Mots font Démo sur Dix Maux" et le volume 2 de"Photograffi(ti)es d’Expressions Murales : Pierres Philosophales" qui sortiront pour Noël, et sinon y a aussi le fanzine bimensuel "Graffiti in our city, Montpellier", gratuit et financé par la vente de t-shirts et posters à prix modiques, qui couchera sur papier glacé les récoltes graffiques d’un réseau de photograffeurs que nous souhaitons le plus large possible pour couvrir au mieux toute la ville !
10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin ?
Il y a déjà tellement de beau monde qui est passé ici, mais j’aimerais bien que le Collectif des Cerveaux-Lents y figure car il joue aussi sur les deux tableaux (eux, au plan visuel, comme graffeurs) et que j’adore leur style décalé au possible, que ce soit dans leur street-Artivisme très prolifique et polytechnique, ou dans les scrib(r)ouillonnements de leur première presse à lire aux chiottes, Licence H, qui fait chier mais dans le sens où elle détend tous les sphincters en même temps que les rictus et les zygomatiques !
Le mot de la fin : MERCI Miss Buffet Froid pour cette interview par mail qui a été un très bon exercice ! Je rétorquerais aux Artistes (en phase de lancement ou qui se tâte pour le faire) « Qui suis-je pour me juger moi-même ? » car il faut savoir montrer son travail et en comprendre les critiques (quand elles sont constructives) plutôt que de dire que ce n’est pas prêt et patati-patata. À nos futurs lecteurs, je dirais « Viendez vous rendre compte par vous-mêmes de ce qu’on écrit » en lisant nos eBooks, et passez ensuite à la version papier à pas chère pour ne plus vous casser les yeux sur l’ordi et emporter de quoi bouquiner tout partout : vous ferez plusieurs heureux, vous-mêmes et vos proches en reprenant du plaisir à lire des livres originaux et nous-mêmes en nous soutenant pour nos autres projets à venir !
Finissons pour de bon, à fond, sur le poids des mots et le choc des photos :
« Être unique vous permettra de triompher dans la vie » Madonna ; « Be yourself, just do it » !

Comme ce graff qui m’a espanté et fait m’esclaffer de rire, j’espère que celle/celui qui a lu cette interview se sera un peu marré en même temps qu’elle/il aura appris des choses, la base du pourquoi et du comment des écrits du Collectif des 12 Singes.