Nicolas LEFEVRE
interview finalisée le 08/11/2011

Fonction :  Sinusoïdale photographique.
Site(s) : nicolaslefevre.com
Nom ou pseudo : Papou
Signification et/ou origine du pseudo : surnom donné en 1998 par des amis avant mon départ pour la Nouvelle Calédonie, ce territoire d’outremer si lointain…
Date de naissance : 11 Juillet 1979.
Localisation : jamais bien loin de l’eau.
Signes particuliers : parle à Mère Nature.
Matos utilisé : un D700, un Mamiya 6, un Pola SX70 .
Présentation personnelle : Initialement porté sur le photojournalisme, je suis depuis quelques temps attiré par une approche plus artistique de la photographie. Trouver un pont entre ces deux “mondes”: une recherche longue et obsessionnelle mais tellement excitante !  

A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : quand est ce qu’on arrive ?
Une chose insupportable : une personne qui te parle tout prêt de l’oreille
Une œuvre : une fresque du street artiste El Mac.  
Un film : Little Miss Sunshine.
Un morceau de musique : Weird Fishes de Radiohead.
Une surprise : une visite inattendue.
Un personnage de fiction : Mac Gyver.
Un mythe : la vague des 40 ans (en référence a Point Break bien évidement).
Un proverbe : L’habit ne fait pas l’Man.
Une phobie : l’immobilisme.
Un vice : la gourmandise obsessionnelle.  
Un objet inutile : un appareil photo de type “bridge”.
Une idée récurrente : bien faire.
Une arme : un arc.
Un cauchemar : un mec te court après pour te poignarder dans une usine désaffectée et tu as déjà tellement crié que tu as une extinction de voix.
Un moyen de transport : un beach cruiser (un gros vélo de ricain).
Un bruit corporel : beatbox  buccal.
Un prix Nobel de la paix : Madré Thérésa.  
Un film porno : une film d’Annabel Chong.
Un tyran : Picsou.
Un repas de famille : une raclette en petit comité.
Une habitude : marcher d’un point A vers un point B en passant par un point C.
Une polémique ridicule : We are under attack.
Un investissement : un Hasselblad en or 18 carras.
Une œuvre caritative : du temps à donner.
Un mensonge : c’est pas moi qui ai finis les olives.
Un souvenir : une vue inattendue depuis le hublot de l’avion.
Un site Internet : un site de streaming musicale.

 

Les questions personnalisées :

1) Si on fait une recherche sur google de toi, on tombe sur plein d'homonymes... Tu ménes plusieurs vies ? Plus sérieusement sur ta bio on découvre que tu as commencé ta carrière en 2006, après l'achèvement d'un diplôme de photographie, que t'as bossé pour le journal Midi Libre. Puisque tu as passé du temps en Asie du Sud-Est, en Nouvelle-Zélande et en France, pour bosser sur des séries auto-financées. Et puis tu es devenu photographe pour l'agence de presse l'Oeil de Poisson jusqu'en avril 2011. Si tu devais prendre du recul sur ce chemin, y a t-il des choses que tu ne referais pas, ou que tu aborderais de façon différente?

Uhmmm ce chemin reste très court, c'est donc dur de savoir si j'ai pris les bonnes ou les mauvaises décisions. Il y a quelques rendez vous manqués, genre un coup de fil du Figaro Magazine pour du boulot ou une opportunité qui n'a pas était concluante avec l'agence Fish Eye, mais cette dernière expérience m'a également amené a réaliser un gros projet plus "aventureux" pour le festival ZAT de Montpellier. Le milieu de la photo  évolue constamment, mes attentes photographiques aussi. Le créneau de la photo de presse et du reportage dans lequel je me suis initialement lancé, agonise depuis de nombreuses années et me laisse dorénavant septique. Trouver sa place en temps que jeune photographe dans ce contexte est une réelle mission. Refaire les choses différemment : uhmm non. Aborder les prochaines étapes avec un peu moins de naïveté : uhmm sûrement ! Quand à mener plusieurs vies (essayer différents style photographiques ou faire pleins de boulots différents) c'est quelque chose qui me tiens tout particulièrement à coeur !

2) Tu peux nous causer plus précisément de ce projet pour la ZAT?

Tout a commencé en Avril 2010 par un appel d'offre lancé par le Club de la Presse de Montpellier à l'occasion des 25 ans du quartier d'Antigone. J'ai remporté le projet en proposant une très grande frise de gens marchant aux 2 extrémités du quartier. Cette installation photo de près de 100 m2 intitulée "Hier, aujourd'hui, demain" accrochée entre les platanes de la place du Nombre d'Or à Montpellier a suscité l'intéret de Pascal Le Brun Cordier, directeur artistique du festival ZAT de Montpellier. Il m'a proposé de la ré-exposer pendant la manifestation culturelle et de la décliner en version multimédia avec l'aide précieuse de Guillaume Martial pour le son et la vidéo ainsi que celle de l'agence Le Hub pour la mise en forme web. Cette interaction de compétences et de  médias me plait vraiment beaucoup. Exposer à  l'extérieur et sur de nouveaux supports sont également des points sur lesquels je veux continuer à travailler.

Concernant le projet en lui même, j'ai voulu créer l'instantané d'un passage humain dans ce grand quartier d'Antigone souvent perçu comme "froid" par sa teinte et la taille de ses bâtiments. Représenter les habitants du quartier, les travailleurs, les touristes qui le traverse et les mettre bout à bout pour montrer leurs différences, leurs similitudes et la richesse de leur mélange. Pour ce qui est de la version multimédia, le but était en plus d'habiller d'une ambiance sonore un des longs panoramiques et de permettre l'écoute d'anecdotes et la rencontre de certains personnages de la frise par le biais de petits films. 

3) Quels ont étés les retours sur ces travaux? (De créateurs, de passants, ...)

Le principal retour a été celui des gens du quartier, séduits par le projet et bien évidement amusés de se voir ou de reconnaitre des voisins. Au niveau professionnel,  même si il n'y a pas eu de retombées directes, un projet comme celui-ci mené à son terme amène une certaine crédibilité pour de futures collaborations, demandes de subventions...

4) As tu des idées, des projets en tête, actuellement, voire même des choses énormes que tu aimerais vraiment mettre en place sur du long terme?

J'ai toujours des projets en tête, voir même un peu trop ! J'ai commencé quelques sujets photo que j'aimerais finir, en particulier un, qui s'intéresse aux retraités de France venant s'installer dans les stations balnéaires locales et intitulé "15 m2 de bonheur"... Comme je te l'ai dis précédemment j'ai également envie de tester d'autres moyens ou supports de diffusions et d'expositions, par le collage, la projection, ou l'impression sur de nouveaux matériaux...Le but n'étant pas de copier un certain JR (ce mec m'épate) mais de s'inspirer de son travail et de celui de pleins d'autres street artistes. Je faisais autrefois beaucoup de dessin, j'aimerais m'y remettre et inclure ça à mes photos ! 

5) Street art, photo reportage, collage, installation multimédia, dessins, tu es plutôt comme un couteau suisse !? Mais dis moi, quelque soit le support utilisé, pour toi, que doit avoir (ou ne pas avoir), une création réussie? Qu'est ce qui est le plus important ? Aurais tu des exemples sous la main pour illustrer tes propos?

Je dis Oui au couteau suisse ! et pourquoi pas. J'ai eu la chance dans ma jeunesse de toucher à pas mal "d'activités", que ce soit le dessin, la peinture, le bricolage...et plus tard de faire plusieurs boulots, du coup j'aime l'idée de toucher un peu à tout. Le risque dans la photo comme dans le reste c'est de faire à l'arrivée un truc un peu "bâtard" sans réelle identité, ou voir quelque chose de pas abouti. C'est peut être ça entre autre qui m'importe dans la "réussite d'une création"; avoir le sentiment que la personne ai creusé son univers, à travers une certaine maitrise de sa pratique et l'intelligence de son propos. Pour ma part, j'en suis au stade de la recherche et de l'expérimentation...

Comme exemple je pourrais te citer JR et ses projets Women Are Heroes et Inside Out, dans un autre style le photographe William Klein et ses "contacts peints" et enfin plusieurs webdocs dont Brèves de trottoirs ou Les yeux dans la banlieue.

6) Dans 10 ans, 20 ans, 30 ans, tu aimerais être ... ?

...c'est marrant que tu me pose cette question car j'y pense sérieusement depuis quelques temps...dans 10 ans j'aimerais être...courtier en vin/auteur-photographe ! Parallèlement à la photographie j'ai en effet mené une carrière dans la restauration et l'hôtellerie de luxe (principalement à l'étranger) ce qui m'a porté à cette idée de travailler dans le commerce du vin à l'international. L'envie de réaliser des boulots photos persos est plus que jamais présente dans mon esprit, mais le désir de sortir de ma précarité de photographe indépendant l'est aussi ! C'est une chance de vivre dans un pays où la formation peux être gratuite (voir rémunérée), je compte donc bien en profiter ! Quant à la suite "photographique" elle ce fera de toute façon d'une manière ou d'une autre.... affaire à suivre...

7) Tu évoques la précarité de photographe indépendant... Comment expliques-tu cette situation? A ton avis, qu'est ce qu'il te manque aujourd'hui pour pouvoir en vivre correctement ?

Comme je te l'ai dis précédemment, le milieu du photo-journalisme et de la presse que j'ai initialement choisis n'est pas au mieux : les journaux virent leurs photographes, les agences photos ferment les unes après les autres et le prix des photos baisse dramatiquement...de quelques piges tu passe parfois à un CDD mais rares sont ceux qui se dégottent un boulot stable dans ce domaine. Faut il multiplier les casquettes de photographe ? Je n'y crois pas vraiment, pas de manière durable en tout cas. Je pense toutefois qui celui ou celle qui creuse pendant plusieurs années un réseau de contacts dans une zone géographique bien déterminée et qui se spécialise (sport, photo aérienne, mariage ?) peux éventuellement s'en sortir... après c'est une question de sérieux, d'un peu de chance et de talent ! Personnellement je n'ai pas trouvé dans la photo la "niche alimentaire" qui me suffise et le fait de partir habiter à l'autre bout du monde n'a souvent pas été des plus tactique pour entretenir mon réseaux professionnel ! 

Maintenant je vois également autour de moi des collectifs et des alternatives se créer. La nouvelle vague d'auteurs-photographes talentueux que compte cette vieille Europe se regroupe s'organise pour proposer un autre mode de fonctionnement et pour "consommer" la photographie différemment. C'est une démarche ambitieuse qui me plait et m'attire réellement...savoir si cela permet de vivre correctement de ce métier est une autre histoire :)

8) Tu es quel genre de consommateur de photographie? Et quels sont tes dernières découvertes? Des collectifs peut être aussi ?

Je suis un "petit" consommateur de photographie. Lorsque je tombe sur un beau sujet sur internet ou dans un magazine je le regarde volontiers mais je n'aime pas me gaver d'images, d'abord par ce que ça m'embrouille l'esprit et ensuite parce que j'aime bien prendre mon temps pour apprécier et comprendre ce que je regarde. Quand tu vas au festival d'Arles ou à Visa Pour l"Image tu serais tenté de tout vouloir enchainer pour pas en perdre une miette, mais pour ma part je préfère choisir 3 ou 4 expos qui me botte vraiment.

Mes dernières découvertes ?  Sean Lee, un photographe Singapourien qui a d'abord réalisé un sujet sur les Lady-boys en se travestissant lui même pour mieux "s'immerger" dans ce milieu, avant de s'intéresser à sa propre famille en la mettant en scène pour casser des tabous. http://www.citynews.sg/2011/07/success-at-a-snap/
Il y aussi le boulot de Thomas Vanden Driessche, un photographe du collectif Belge Out Of Focus rencontré à Visa et qui se place dans la lignée de ces "jeunes" photographes traitant le reportage d'une manière plus contemporaine et indépendante. http://www.phototvdd.be/
Au niveau des collectifs donc, un super magazine recense certains des meilleurs, son nom : Zmala. A découvrir ! http://www.zmala.net/
Et enfin, un collectif un peu moins connus (par chez nous) mais avec de belles idées : "Mes56" de l'ile de Java en Indonésie. http://mes56.com/

9) Qu'aimerais-tu que l'on retienne de ton travail, de cette interview ?

Qu'est ce que j'aimerais que l'on retienne de mon (court) travail ? Dur de répondre à ça !...une proximité avec les gens peut être, une certaine démarche humaniste. Un intérêt pour les lignes, les perspectives et le cadrage frontal. Quant à cette interview...j'aimerais éventuellement que l'on retienne un point de vue plus ou moins objectif mais en aucun cas figé sur ce milieu si vaste de la photographie. Un invitation à innover ?

10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin?

D'autres photographes comme ceux du collectif Transit ou du collectif Belge Out Of Focus. Un certain Gilles Favier, Guillaume Martial, Ghassen Mtimet : graphiste, mais pas que. Des galeristes, des éditeurs indépendants. Un journaliste du magazine Le Tigre ou encore des graffeurs comme Zest ou Smole.

Mon mot de la fin : next ! 

 

Le mag Carte Blanche s'est associé au webzine Bazooka Mandarine pour vous permettre de découvrir un tas d'artistes! Vous souhaitez en savoir plus sur Nicolas Lefevre? Découvrez bientôt la suite de cet interview sur http://www.carteblanche-mag.com !