Vincent Toulotte
interview finalisée le 25/11/2011
Fonction : Artisan avant tout et pour une définition standard Photographe Plasticien
Site(s) : www.vincent-toulotte.com
Nom ou pseudo : Toulotte Vincent
Signification et/ou origine du pseudo : Pas de speudo fier de son nom
Date de naissance : 03/01/1979
Localisation : .France
Signes particuliers : .. .... . .... .
Matos utilisé : Mmamiya RZ pro, Hasselblad 555 ELD, Pentax 6x7, Nikon F 100... Tout ce qui mange de la bobine
Présentation personnelle : Biographie
Vincent Toulotte né le 3 janvier 1979, s’est d’abord orienté vers le 7ème Art. Diplômé de l’Université Paris VIII en Etudes Cinématographiques et Audiovisuelles, porte son intérêt vers le médium photographique, cherchant un ralliement avec la réalisation.
Il débute en tant qu’assistant décorateur, ce qui lui donnera le goût de l’objet et la sensibilité du décor, qui lui parle, donnant naissance à sa création, à son inspiration.
Remarqué par la Galerie Benchaieb Paris, il expose ses premières oeuvres au côté de David Hamilton, Irina Ionesco, Michel Giliberti, Vladimir Telepnev… Remporte en 2005 le concours Art et Technologie organisé par Dexxon en représentant Konica Minolta France.
De ses photographies émanent une ambiance très proche de celle du cinéma noir français des années 40 – Renoir, Carné, Clouzot – en passant par l’expressionnisme allemand de Fritz Lang, Wiene, sans oublier Carl Théodore Dreyer avec Vampyr et Ordette ou encore Tod Browning avec Freaks. C’est donc en termes de mise en scène que ses œuvres sont pensées.
Après tout, un film n’est-il pas tout simplement de la photographie en mouvement ?
" La photographie est un mode d’expression extraordinaire qui me pousse à aller au-delà des sentiers traditionnels. L’image est la matrice, une icône, un symbole qui ne se suffit à elle-même. Le travail de plasticien correspond à une quête d’identité, à une volonté de changer la dimension de l’image, de révéler son sens profond en façonnant son univers. J’imagine ma propre couleur, des couleurs qui m’apparaissent par flashes en regardant mon tirage en noir et blanc, qui révèlent un monde fantasque, le mien. "
C’est suite à la visite d’une exposition de Gauguin au Grand Palais, qu’il "devient fou de peinture" , puisant dans l’impressionnisme et d’autres grands maîtres tel Dali, Caravage, Raphaël, Ingres… C’est cette huile coulée sur toile qui donne naissance à son travail.
Un travail d’artisan, souligne-t-il. Voilà maintenant 13 ans, qu’autodidacte, il apprivoise son métier, qu’il façonne de ses mains : de la prise de vue à la finalisation, tout est opéré par ses soins. Il photographie, développe ses films, procède au tirage à l’agrandisseur, puis opère son travail de plasticien. De ce fait, chaque pièce est unique en soi, telle une peinture.
A la façon du portrait chinois … Si j'étais ... je serais …
Une question pertinente : Intéressant
Une chose insupportable : Une toile blanche avec un point rouge
Une œuvre :.Le Louvre
Un film :.Freaks
Un morceau de musique :Achilles last stand (Led Zepplin)
Une surprise : une surprise
Un personnage de fiction :.l'inspecteur Harry
Un mythe : Hercule
Un proverbe : comme les paroles qui s'envolent, et les écrits qui restent
Une phobie : la mort
Un vice : la luxure
Un objet inutile :.une voiture de sport
Une idée récurrente : Porteur d'un nouveau mouvement dans l'art
Une arme : .un hallebarde
Un cauchemar :.le diable
Un moyen de transport :.une comète
Un bruit corporel : ..la vibration des cordes vocals
Un prix Nobel de la paix :..le Dalaï-lama
Un film porno : une estampe japonaise
Un tyran : un politique
Un repas de famille :.une fête
Une habitude :. banal
Une polémique ridicule : ennuyeux
Un investissement : riche
Une œuvre caritative : un missionnaire
Un mensonge : loin de ma nature
Un souvenir : une oeuvre d'art
Un site Internet : le mien
Les questions personnalisées :
1) Tu as répondu au questionnaire chinois pour une idée récurrente "Porteur d'un nouveau mouvement dans l'art", et dans ta présenttaion tu dis "De ses photographies émanent une ambiance très proche de celle du cinéma noir français des années 40 – Renoir, Carné, Clouzot – en passant par l’expressionnisme allemand de Fritz Lang, Wiene, sans oublier Carl Théodore Dreyer avec Vampyr et Ordette ou encore Tod Browning avec Freaks. C’est donc en termes de mise en scène que ses œuvres sont pensées". Je me posais la question suivante, est ce que tu te revendiques de mouvement? Et si on devais te caler dans une médiatéque, où te sentirais-tu à ta place?
Si je devais être dans une médiathèque je serai bien avec le cinéma noir Français des année quarante ou pendant l'âge d'or... C'est une influence et une manière de travailler, un résultat esthétique dans mon travail. Sans vouloir le faire je le fais, ces "vieux" films ont marqué mon adolescence. C'est une empreinte de mon travail depuis toujours. Me revendiquer d'un mouvement, pas tout à fait, mais oui pour le Renouveau... Un retour à la naissance propre de l'art car aujourd'hui il n'y a plus de sens.
Je rencontre des peintres qui me disent qu'il ne savent pas dessiner alors que la base de tout est le dessin, mais le fait de faire des collages ou de jeter un peu d'acrylique sur une toile fait d'eux des"artistes". Tout ceci est la grande falsification de l'art contemporain. Pour ma part je défends les valeurs classiques et traditionnelles, car aujourd'hui notre société déclare qu'avec votre i-phone vous êtes un artiste.
Tout ceci est une mascarade, l'art est un métier d'artisan, d'orfèvre, des techniques singulières, le berceaux de celui-ci est Lascaux. Alors je suis d'accord avec Bacon pour renverser les codes, je cherche dans mon travail une évolution singulière de celui-ci par l'apprentissage de nouvelles techniques, comme la sculpture, la peinture à l'huile... Dans ce Renouveau il y a aussi le sens profond, la symbolique car entre le discours de certains et ce qu'il montre il y a un océan, un océan d'ânerie. Je suis pour l'émotion et le discours, il ne faut pas par exemple confondre photographe et artiste, dans le sens où il y a d'excellent photographe qui ne véhicule qu'une image. Aujourd'hui le monde est floué et je pense qu'il est temps de remettre les choses à leur place en proposant du vrai.
2) "Je suis pour l'émotion et le discours", tu aurais un ou deux exemples de créations à nous présenter qui répondent à ces critères ?
Tout à fait, il suffit de faire des choix. Je commencerai par une de mes dernières créations qui se trouve être en noir et blanc, pour le moment. L'oeuvre peinte sera disponible d'ici le début d'année prochaine. Pour commencer "La mêlée de l'Enfer"

La mêlée est une référence au peintre Bosch, mais en tout premier lieu à Dante. La divine comédie... Le sujet est l'Enfer. Ici nous avons nos protagoniste de la pêcheuse du Phlégéton imbriqués les uns dans les autres, un combat a lieu, mais il y a aussi une suspension du temps une douceur par des corps endormis. A gauche vous avez l'âme perdu tenant le cor de chasse dans les fesses du démon, une référence au diable qui pète, tout les corps sont enchaînés lié par la souffrance, la damnation. Ils sont armés prêt à trancher des membres, la femme en haut à droite tient une fourche, celle des démons de Dante qui embrochent les damnés, à ses pieds nous retrouvons une femme endormis tenant une jarre de vin. Symbole de l'indolence, la femme qui boit synonyme de perversion.
Mon discours passe donc par le symbolisme, la réflexion avant de réaliser l'image. Le travail photographique représente un dixième du processus, ce n'est qu'un accouchement sans douleur ou avec parfois. Je pense qu'il faut parler dans son travail, mais de manière intelligente et rechercher, ne pas se contenter d'une petite chose simple pour évoquer tout un concept à deux francs six sous. La facilité est ce qui m'énerve le plus, il y a assez de pseudo artiste qui arnaque le monde entier. Pour l'émotion je pense qu'elle est totalement présente et que cette image ne laissera pas indifférent. Elle a été d'ailleurs présentée en avant première au mois d'octobre au salon de la photo par Lumière Imaging Ilford, il souhaitait une image pour présenter leur dernier papier baryté fine art développé avec Hahnemühle, ils ont donc fait appel à mes travaux et cette image a été immédiatement retenue. Elle a eu un franc succès.
En second je présenterai tout de même une de mes création en couleur, car l'émotion passe par la couleur aussi. Se sera Au Clair de Lune

Ici le discours, il est vrai, est beaucoup plus simple dans les symboliques c'est une image qui date de 2005. Extrait de la série "Douleurs et caresses des sens", la représentation de la femme que l'on aime, de la douceur, tout en la respectant. La femme dans toute sa splendeur sans artifice de modification corporel. Une femme que l'on admire mais que nous ne pouvons atteindre et qui nous fait souffrir, une espèce de sadomasochisme de l'amour, une cravache est présente à droite posé sur la malle, et un cierge à gauche. Evocation religieuse, qui est toujours importante dans mon travail, une référence à mon enfance, à ces heures passées dans les églises à écouter le prêtre prêcher la bonne parole. Pour mettre en avant tout les sentiments qui m'entoure j'ai donc composé ensuite avec la couleur. La saturation des pigments, la structuration de l'espace colorimétrique pour créer un effet visuel important pour l'émotion et l'équilibre afin de retenir le spectateur. Ce sera d'ailleurs sûrement la couverture de mon livre qui sortira en décembre.
3) "La facilité est ce qui m'énerve le plus, il y a assez de pseudo artiste qui arnaque le monde entier". Tu as l'air vraiment remonté comme certaines personnes ... Une mauvaise expérience ? Pourrais tu nous citer des noms d'artistes actuels ou des œuvres qui -à tes yeux-, ne sont pas dans cette "facilité"?
Remonté non, je défends des valeurs et j'ai toujours eu ce discours depuis que j'étais étudiant. Une mauvaise expérience, oui, dans certains musées comme Pompidou où il y a des aberrations, quelqu'un qui plante un clou dans un bout de bois et que ceci soit considéré comme l'oeuvre du siècle vendu à 1 million d'euros. Pour moi c'est un scandale, une arnaque. Que l'on puisse dire aux gens qu'il faut lire un manuel pour comprendre ce que l'on montre est inadmissible. Dada était un mouvement d'artistes intéressant poussant à la dérision, et beaucoup d'intellectuels qui jugent l'art sans savoir dessiner un carré fond de ses bêtises la sainte parole de l'évangile artistique. Une dérision poussant à la destruction voulant par la prise au sérieux que le vase de ma grand mère que je viens de coller au plafond est un futur Rembrant des temps moderne!
Pour citer des artistes qui sont eux des vrais, il y a pour la photographie les deux plus grands à mes yeux dans nos comtemporain, Jan Saudek et surtout Joël Peter Witkin avec qui j'ai eu le privilège d'être exposé. Ensuite je citerai Dali, Ingres, Bosch, Botticelli, Renoir père et fils... La liste est longue... très longue... Des oeuvres pensées, des techniques maîtrisées avec un message à l'intérieur et de l'émotion.
4) Tu évoques ta façon de réaliser tes images dans cette interview de 2008. Je me demandais ... Depuis tes débuts à aujourd'hui, qu'est ce qui a évolué, qui a changé dans ta pratique ? Es tu capable d'identifier tes points forts et tes points faibles?
Je pense qu'évoquer des points faibles c'est une faiblesse d'esprit, il y a des points à améliorer de façon permanente, la vie est un combat. Le combat de la création c'est d'apprendre toujours et toujours jusqu'à sa mort. Après, oui, il y a une évolution dans ma technique et ma façon de travailler, c'est une chose importante, lorsque tu regardes l'oeuvre d'un artiste sur toute une vie, s'il n'y a pas d'évolution, il y a un problème pour moi. La quête du Saint Graal est-elle terminée? C'est d'ailleurs ce que je reproche à Saudek, je trouve dommage dans son oeuvre qu'il est stagné autant.
Pour en revenir à ma technique, si l'on observe mes débuts, j'était dans le vrai processus de colorisation, vaporeux comme les anciennes cartes postales avec tout de même de la finesse. Car avant le travail était quand même grossier. J'ai donc évolué dans ma touche pour me rapprocher d'un travail de glacis, je recouvre des surfaces, travaille à l'aérographe... Ma composition a changé, mes recherches plus approfondies, je prend le temps et s'il manque le moindre petit objet que je désire dans mon image je ne fais rien. Tout doit être impeccable, même si l'image tend à être déstructurée par endroits. Pour les points forts, l'écoute, l'auto-critique, le voeux d'évoluer et de tout reprendre en permanence pour améliorer son travail. Et comme le disait Dali " Si tu veux être un génie, travailles, travailles et ne t'arrêtes jamais! "
5) "Tout doit être impeccable", alors comment choisis-tu tes modèles "parfaits"? As tu des critères spécifiques? Qu'est ce qu'un bon modèle pour toi? Et quelle relation (en terme de création j'entends) peut avoir le modèle avec toi?
Des modèles parfaits, je passerai mon temps à photographier Dieux alors. Mes modèles aujourd'hui sont des comédiens principalement, le choix se fait par une rencontre, ou quelqu'un que je croise dans la rue. C'est l'émotion qui parle avant tout, et le choix se fait aussi par des recherches, des annonces quand il faut un physique particulier selon la situation. Pour moi, tout le monde est modèle, et les moins jolis sont les mannequins en agence. La beauté passe par l'émotion et le charisme. Lorsque je rencontre les modèles j'aime discuter d'art et d'un tas de choses, avoir des rapports humain pour qu'ensuite nous puissions travailler facilement ensemble. Un bon modèle c'est celui que j'arrive à percer, à mettre en avant pour sublimer ma composition. C'est une personne non fade.
Quand je disais "quelle relation (en terme de création j'entends) peut avoir le modèle avec toi?" je voulais dire par là, est ce que tu impliques tes modèles dans la mise en place de tes créations, t'arrives t-il de proposer des temps de création à plusieurs, où est ce que tes modèles exécutent un scénario précis auquel tu as pensé?
Non, j'ai mon équipe de coiffeur, maquilleur, assistant, décorateur avec lesquels je prépare la création, mais les modèles suivent mon scénario, tout est écrit, pensé, croqué. Il n'y a pas de place à l'improvisation. Je laisse plus de liberté à mon équipe, mais je ne suis pas contre des propositions des modèles, mais au jour d'aujourd'hui je les dirige totalement pour avoir ce que je souhaite.
6) Ton équipe évolue au fil des créations, où tu restes fidèle aux mêmes personnes ? Quand tu reçois des propositions de maquilleurs, de décorateurs, ou d'autres collaborateurs pour bosser avec toi, qu'est ce qui t'interesse le plus? Comment choisis tu les personnes qui t'entourent ?
Une équipe évolue toujours dans le temps nous avons chacun notre route, mais oui, je reste fidèle à ceux qui ont un potentiel indéniable. J'aime les gens créatifs, je leur donne une direction et j'attend d'eux une vrai implication, de la recherche pour pénétrer mon univers et que nous soyons en symbiose. Et il faut qu'il soit sympathique, pour le choix c'est au feeling et la qualité de leur travail bien entendu.
7) Tu as participé en 2010 au Festival du Nu à Arles, pourrais tu nous causer de cet évènement? Comment as tu fait partit de leur sélection, et comment as tu vécu cette expérience? Des retours? Une anecdote?
Le festival du Nu se déroule dans la ville de la photo, c'est un festival de rencontre, d'échanges, de découvertes. C'est un festival qui grandit d'année en année et qui le mérite. Pour la participation, j'ai tout simplement envoyé une invitation lors d'une de mes exposition à Paris, à Bruno Redarès et celui-ci m'a immédiatement répondu pour en savoir un peu plus sur mon travail. Il a donc envoyé un émissaire découvrir mon travail et celui-ci en partant m'a dit "Nous nous reverrons au mois de mai" Une semaine plus tard je recevais un mail pour ma sélection. Concernant les retours de ce festival des rencontres importantes au niveau professionnel, auprès de collectionneurs, galleristes, acteurs du monde la photo et un très bon retour du public. Un événement tout à fait positif. Je devrai peut être, être de retour en 2013... Pour l'anecdote, festival du nu oblige, finir nu devant l'appareil de Jean Turco...
8) Cette question est la "carte blanche", tu peux causer de tout ce dont tu as envie, tu es totalement libre!
Au travail tout simplement!
9) Sur ton site, on peut découvrir quelques articles et interviews , voici une question, petit extrait d'une interview par Kapteur...

Avec tes créations, ton discours, cette interview, qu'aimerais -tu que les lecteurs, les curieux et autres amateurs de créations retiennent -cette fois ci- de toi, de ta personne?
Que je suis un artisan, que je recherche le vrai et que je suis contre l'imposture.
10) Pour finir qui aimerais tu voir interviewé dans ce webzine? Et ton mot de la fin ?
Malheureusement ils ont tous déjà mort... Et pour le mot de la fin, Merci.
Le mag Carte Blanche s'est associé au webzine Bazooka Mandarine pour vous permettre de découvrir un tas d'artistes! Vous souhaitez en savoir plus sur Vincent Toulotte? Découvrez bientôt la suite de cet interview sur http://www.carteblanche-mag.com !
